song bilong (alexandre) pochettino (mauricio) (CREMEL BENJAMIN/L'Equipe)
Ligue des Champions - Finale

Tottenham, une révolte désordonnée

Logiquement contrariés par l'ouverture du score éclair de Liverpool, les Spurs ont couru après l'égalisation de manière brouillonne. Face à des Reds pourtant peu reluisants, les hommes de Pochettino ont manqué de spontanéité et d'application technique.

En bon disciple de Marcelo Bielsa et de sa méticulosité tactique, Pochettino avait forcément concocté un plan subtil et réfléchi pour contrer les velléités offensives des Reds. Mais chaque match de football détient sa part d'irréel. Et même les plus belles stratégies du monde ne peuvent rien face au scénario offert par les premiers instants de cette 64e finale de l'histoire de la C1. Une main de Sissoko sévèrement sifflée dès la 28e seconde de jeu et un penalty surpuissant de Salah (0-1, 2e) venaient sans aucun doute contrarier les planifications initiales du technicien argentin. Sonnée, son équipe s'est alors mise à bafouiller son football. Pourtant, Liverpool n'a pas poussé fort et a laissé la responsabilité de la possession à Tottenham. Sauf que les Spurs n'ont jamais vraiment réussi à prendre l'initiative du jeu. Individuellement, Sissoko, homme de confiance du système Pochettino, n'était pas dans le coup. Kane, de retour après plusieurs mois de blessure, sans idée ni impact... Collectivement, aussi, la machine était enrayée et les Spurs n'arrivaient à toucher ni Eriksen, ni Alli, alors dépositaires de l'animation offensive.

Que de déchet...

Sans spontanéité ni solution à la construction, les longues séquences de conservations finissaient bien souvent par une longue transversale des centraux Vertonghen ou Alderweireld dans la profondeur. À destination de Son, notamment, qui n'a pas rechigné à l'effort. Sans succès. En témoigne le mauvais choix du Sud-Coréen en situation dangereuse de un contre un face à Van Dijk (19e). C'est en effet dans l'application technique que les hommes de Pochettino ont surtout pêché. Rose (30e), Winks (33e), Alli (33e et 43e)... Tant d'exemples de passes normalement simples à réaliser mais mal assurées ou de situations offensives mal gérées. Bref, des détails qui comptent à ce niveau de compétition. Et cela se ressent dans les stats : deux petits tirs seulement (et en dehors de la surface) à la mi-temps pour Tottenham.

Finalement dangereux en transition rapide

Après la pause, les courses étaient un peu plus intenses, les appels légèrement plus tranchants côté Tottenham. Winks, plus à l'aise pour se sortir du pressing des Reds, venait chercher les ballons plus bas dans son camp pour les bonifier. Mais cela restait laborieux et le match reprenait finalement sur le même faux rythme assez ennuyant. Dans sa zone technique, Pochettino restait étrangement sans réaction. Jusqu'à la 65e minute et l'entrée du supersub Lucas Moura, héros de la demi-finale retour. Eriksen descendait alors d'un cran avec Sissoko et le Brésilien allait tourner - en position de neuf et demi - autour de la tour de contrôle Kane pour tenter de jouer le remake Ajax-Tottenham. L'entrée rafraîchissante de l'ancien Parisien, couplée aux bonnes prises d'initiatives de Rose sur son côté gauche, ont apporté de la vitesse et de la profondeur à l'animation de Pochettino. C'est lorsqu'ils ont opéré par transition rapide que les Spurs se sont logiquement montrés les plus dangereux sur le but d'Alisson. Comme sur ce contre mené par Lucas et qui permettait à Alli de tenter un lob pas assez enlevé (70e). Ou celui qui voyait Lucas - encore lui - lancer Son dans la profondeur, mais l'avant-centre était arrêté au dernier instant par Van Dijk (75e).
Pochettino doit certainement déjà ressasser ses manoeuvres
Puis, les exploits des tours précédents ont soudain ennivré de rêves les esprits londoniens. Plein d'espoirs, les Spurs ont enfin lâché les chevaux. Eriksen, sur coup franc, obligeait Alisson à se détendre (84e). Puis Son s'essayait de loin et, dans la foulée, l'entrant Lucas dégainait dans la surface mais trop mollement. Alors qu'ils étaient proches d'arracher le 1-1 et la prolongation, Divock Origi, sur un retour de corner anodin, croisait parfaitement sa frappe et mettait définitivement fin à la rébellion fantasmée des Spurs (0-2, 87e). Étourdissant. Frustrant. Pochettino doit certainement déjà ressasser ses manoeuvres tactiques et émotionnels qu'il a dus échafauder en amont... Et qu'il a vu tomber en ruine après quelques secondes de jeu et une main anodine...

Augustin Audouin 
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