23.09.2017, Britannia Stadium, Stoke on Trent, ENG, Premier League, Stoke City vs FC Chelsea, 6. Runde, im Bild Antonio Conte coach of Chelsea // Antonio Conte coach of Chelsea during the English Premier League 6th round match between Stoke City and FC Chelsea at the Britannia Stadium in Stoke on Trent, Great Britain on 2017/09/23. EXPA Pictures © 2017, PhotoCredit: EXPA/ Focus Images/ Michael Sedgwick  *****ATTENTION - for AUT, GER, FRA, ITA, SUI, POL, CRO, SLO only***** (L'Equipe)
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Travail physique, nutrition, relationnel... La méthode Conte relatée par deux de ses anciens joueurs

Aussi exigeant et usant soit-il, Antonio Conte n'a quasiment jamais perdu un seul vestiaire dans sa carrière d'entraîneur. Manager volcanique, à la fois proche et intransigeant avec ses joueurs, l'Italien a vu son approche être remise en question ces derniers mois en Angleterre. Mais qu'est réellement la méthode Conte ? Deux de ses anciens joueurs à Bari, Pedro Kamata et Jean-François Gillet, ont donné quelques éléments de réponse à FF.fr.

Pedro Kamata * : «Des fois, il me disait : "Là on a un match important, il ne faut pas que tu fasses l'amour"»

«C'est un très grand passionné. Il vit son métier à 8000%, même des fois un peu trop à l'extrême. Mais les entraîneurs comme lui ou Pep Guardiola sont comme ça. Ce sont des gens qui sont toujours à fond. Ils sont très exigeants. Mais ça va aussi avec le niveau auquel ils évoluent. Ils ne peuvent pas faire le job à moitié et se dire après une défaite "c'est pas grave, on fera mieux le week-end prochain". Ce n'est pas qu'en rapport aux attentes du club, c'est surtout qu'ils ont besoin de ça, de tout contrôler, tout maîtriser. Ils veulent que tout soit parfait.
Mais derrière ça, Conte est quelqu'un de très proche de ses joueurs, il les protégera toujours. A Bari et à Sienne, on n'a pas beaucoup perdu, mais les quelques fois où l'équipe était en difficulté, il a toujours pris la défense de ses joueurs publiquement. Il n'est pas du genre à enfoncer son équipe. C'est peut-être quelque chose qu'il a gardé de son capitanat. Après, ça restait quand même notre entraîneur, pas notre coéquipier. Mais il n'a jamais oublié qu'il avait été joueur et ça lui permettait de prendre du recul par rapport à certaines situations, ce qui n'est pas le cas de tous les coachs. Même si en privé, ça peut être un tout autre discours. S'il a quelque chose à dire, il ne se prive pas. A Bari, j'étais un peu le chouchou des supporters et il y a une période où je cassais la baraque. Un jour à l'entraînement, il me demande de me replacer et je fais un geste d'énervement. Le soir même, il ne me dit rien. Mais le lendemain, on se retrouve lui et moi et il me fait : "Ca y est, tu as fait deux bons matches et tu commences à faire le grand joueur. Mais maintenant le plus dur arrive pour toi. Des grands joueurs, je n'en connais que deux : Zidane et Del Piero. Eux peuvent allumer et éteindre la lumière quand ils veulent. Toi, c'est pas le cas, tu dois travailler tous les jours". Après ça, il ne m'a pas calculé. Moi, je savais que j'avais abusé et je me sentais mal à l'aise. Il m'a laissé rentrer chez moi cogiter, et le lendemain je suis allé lui parler et c'est reparti. Mais je pouvais m'estimer heureux parce que j'avais une relation particulière avec lui. Ca aurait été un autre joueur, il l'aurait peut-être envoyé chier devant tout le monde.
«Dès le lundi, il était focus sur le match de fin de semaine. Il y a une grosse usure psychologique à ce niveau-là, mais après, les résultats sont là.»
C'est quelqu'un qui a besoin d'une atmosphère chaude. Il vient de Lecce, dans le sud de l'Italie, c'est un endroit avec de grosses ambiances. C'est un sanguin, il vit le truc à fond. Déjà quand il était joueur, il haranguait ses troupes, et là en tant qu'entraîneur, il est dans le prolongement de sa carrière de joueur. Depuis sa zone technique, il nous booste. Mais il n'avait pas besoin d'attendre le week-end pour nous motiver (rires). Dès le lundi, il était focus sur le match de fin de semaine. Il y a une grosse usure psychologique à ce niveau-là, mais après, les résultats sont là. Il nous mettait dos au mur. A Bari, le préparateur physique, c'était Giampiero Ventrone, le même qu'à l'époque des Deschamps, Zidane à la Juve. Le mec, c'était un Marine (NDLR : son surnom en Italie pour sa manie de passer des musiques de films de guerre avant les matches). Il n'y avait pas vraiment de repos avec lui. Au niveau de la pesée, ceux qui étaient au-dessus devaient courir, faire des exercices lestés etc... Au début de la saison, il y avait quelqu'un qui venait, qui prenait le poids de forme et on devait absolument rester à ce niveau-là. Il insistait vachement sur l'alimentation parce qu'il savait que ça impactait les performances.
A l'époque, ma femme vivait en France et venait me voir en Italie. Et Conte le savait. J'avais beau lui dire deux semaines avant, il le notait dans un coin de sa tête et s'en souvenait toujours. Des fois, il me disait : "là on a un match important, il ne faut pas que tu fasses l'amour". Devant tout le groupe, un matin avant une rencontre, il m'avait demandé ce que j'avais fait avec ma femme la veille (rires). Ca vient de son passé de joueur : un jour, avant un match avec la Juventus face à Dortmund, un de ses coéquipiers s'était fait une élongation en faisant l'amour. Du coup, il nous disait qu'avec certaines positions, tu pouvais te faire mal. Il est regardant sur tout !
«Souvent il disait : "Les compliments, c'est comme les somnifères, ça t'endort"»
S'il en demande trop à ses joueurs physiquement ? Cette année, il n'a peut-être pas assez pris en compte le fait que Chelsea jouait en Ligue des champions, ce qui n'était pas le cas l'année du titre. A Bari, je me souviens que plus on gagnait les matches, plus on travaillait. Lui se disait que quand on remportait des rencontres, on serait attendu partout et que donc on devait faire encore plus. Et quand on perdait, il se disait qu'il fallait un peu de liberté aux joueurs pour prendre du recul. Il y a une phrase qui revenait souvent : "Les compliments, c'est comme les somnifères, ça t'endort".
L'homme est un vrai gentleman. Quand on avait gagné le titre avec Bari (NDLR : en Serie B en 2009), il nous avait laissé aller en boite. C'est aussi quelqu'un qui sait faire la fête. S'il y avait un problème en dehors du foot, on savait qu'on pouvait compter sur lui. Quand je suis arrivé à Bari, j'étais un étranger. Lui me parlait beaucoup, me donnait beaucoup de conseils. Il a toujours été là.»

* son ancien joueur à Bari entre 2008 et 2010 et à Sienne lors de la saison 2010/11

Jean-François Gillet * : «Il était très franc avec les joueurs, et même ceux qui ne jouaient pas reconnaissaient ses valeurs»

«Je l'ai eu pratiquement deux ans et c'est quelqu'un qui ne rate jamais un discours. Je crois qu'il étudie la psychologie et est très cohérent dans ses causeries. Il avait toujours raison dans ce qu'il disait. Il était très franc avec les joueurs, et même ceux qui ne jouaient pas reconnaissaient ses valeurs. Quand tu n'es pas titulaire, ce n'est pas toujours facile d'avouer les mérites de ton entraîneur. Mais malgré la déception, les joueurs arrivaient toujours à travailler avec Conte. Il ne laisse personne sur le côté. Je vais prendre l'exemple de Batshuayi : il ne jouait pas beaucoup à Chelsea mais il a directement fait la différence en arrivant à Dortmund parce qu'il était en grande forme physique. Quand tu es remplaçant avec Conte, tu bosses autant que si tu étais titulaire et ça compense beaucoup de choses.
La première année à Bari, il est arrivé en cours de saison et nous a tout de suite expliqué qu'on était à la ramasse physiquement. Il nous disait : "Vous tenez 55 ou 60 minutes puis le reste il faut prier". Il nous a clairement indiqué qu'on allait perdre un mois pour tout retravailler. Avec lui, ce sont des phases de jeu qui sont étudiées en continu donc il faut le temps de s'adapter. Au début, les fins de match étaient un peu compliquées mais dès qu'on a passé la seconde, c'était du solide. L'année d'après, la préparation a été très difficile. On a mis trois ou quatre mois pour la digérer avant de marcher sur tout le monde. Avec lui, tout dépend de la réception des joueurs. Il y a beaucoup de vidéo, beaucoup de tactique. Ca demande beaucoup d'efforts au niveau physique et au niveau mental. Le problème, c'est quand la fatigue mentale s'installe, quand tout cela devient trop lourd, ça peut caler un peu. Mais je pense que lui est assez ouvert et peut trouver une autre solution pour le bien de l'équipe. A Bari, il est arrivé avec son nutritionniste. Quand il a vu le menu, il a fait enlever plein de choses. Le nutritionniste nous disait comment s'alimenter et nous contrôlait régulièrement. Avoir un ou deux kilos en plus pouvait être préjudiciable dans un match.
«Il m'avait invité à discuter avec lui pendant une petite demi-heure. J'avais dit à ma femme que je serai de retour vers 7-8h, finalement je suis rentré à minuit»
Son attitude sur le bord du terrain, il faut le prendre du bon côté parce que ça motive. Il vit le match comme il le vivait quand il jouait. C'est un gagneur et quand tu perds un match avec lui, tu peux t'attendre à ce qu'il fasse la gueule toute la semaine. Personne n'aime perdre mais avec lui, tu le ressens encore plus. Lors d'un moment clé de la saison, on avait eu un gros coup de mou et comme j'étais capitaine, il m'avait invité à discuter avec lui pendant une petite demi-heure. J'avais dit à ma femme que je serai de retour vers 7-8h, finalement je suis rentré à minuit (rires). On avait parlé de la situation de l'équipe, de ce qu'il fallait essayer de faire pour l'améliorer et on avait eu cette discussion quelques jours plus tard avec l'effectif dans le vestiaire. Et à partir de ce jour-là, on avait fait seize matches sans perdre et on était montés en Serie A. C'est quelqu'un avec qui tu peux discuter de tout. Et surtout, il savait à quel moment il fallait parler en privé et à quel moment c'était mieux devant le vestiaire.»

* son ancien joueur et capitaine à Bari entre 2007 et 2009
Antonin Deslandes
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