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Uzès-Pont-du-Gard, la parenthèse désenchantée

Après avoir gravi les échelons du foot français à toute vitesse jusqu'en National, le club gardois a disparu en juin dernier.

Qu'il semble loin, ce 19 mai 2012, jour où l'Entente Sportive Uzès-Pont-du-Gard (ESUPG) monte en National. Une histoire d'hommes et de potes, menés par un président emblématique, Serge Remon. Et un exploit fantastique pour un club né en 2005 de l'entente de six communes du Gard (Arpaillargues, Fournes, Remoulins, Saint-Siffret, Uzès et Vers-Pont-du-Gard), passé en sept saisons de la PHA (huitième échelon national) au National. «En cinq ans, les joueurs ont connu une aventure extraordinaire», résume Pierre Mosca, directeur sportif de l'ESUPG de 2007 à 2012. L'aventure est belle, c'est vrai. Peut-être aurait-elle dû s'arrêter ce jour-là alors que le club gardois atteignait son Graal. Car, ensuite, le temps a viré à l'orage, malgré un premier maintien obtenu sur tapis vert au printemps 2013. Quelques semaines plus tard, la maladie emporte Serge Remon. Pour lui succéder, Patrick Laisne de La Couronne, un entrepreneur sudiste. Il ne manque pas d'ambition. Samuel Cruz, entraîneur de 2010 à 2013, se souvient précisément de sa rencontre avec le futur boss, pas encore intronisé. «Le monsieur m'a dit qu'il voulait monter en Ligue 2. Avec tout ce que j'avais vécu, je lui ai expliqué que ça allait être compliqué.» Laisne de La Couronne n'est pas échaudé pour autant. Alors qu'Uzès avait construit son succès avec des joueurs du cru, le nouveau président recrute à tour de bras, dont Seydou Koné, meilleur buteur du National en 2012, et Grégory Lacombe, champion de France la même année avec Montpellier.

«La direction nous a menti»

Les arrivées s'accumulent, sans trop de cohérence. Samuel Cruz reste sur ses gardes. «Laisne de La Couronne m'avait dit : ''J'amène mes joueurs, j'ai un entraîneur avec moi : mais comme tu as passé neuf ans au club, on m'a dit de te garder.'' Mon temps était compté. » Il est licencié en novembre. La valse des coaches ne fait que commencer. Christian Larièpe et Thierry Droin se succèdent, avant l'arrivée de Dominique Veilex, en janvier 2014. Cela fait déjà un mois et demi que les joueurs ne sont plus payés. «Ça a commencé avec dix ou quinze jours de retard dans les versements, puis un mois, puis deux, explique Cédric Fabre, qui a vécu toute l'aventure. À partir de février 2014, on n'était plus payés du tout. La direction ne nous a pas respectés, elle nous a menti. Jean-Pierre Laurent (NDLR : alors vice-président) nous mettait sur répondeur.» Laurent est bien embêté. Les salaires ne sont pas les seuls aux abonnés absents... Laisne de La Couronne aussi a disparu, laissant Jean-Pierre Laurent et le comité directeur aux commandes. «Il ne venait jamais aux réunions, dénonce Éric Fabre, au comité directeur de 2003 à juin 2015. Il avait toujours une bonne excuse.» Mohamed Tsouri, membre du conseil d'administration, ne veut pas accabler l'ancien président. «Quand votre entreprise est en liquidation (c'était le cas pour Laisne de La Couronne), vous ne pouvez pas donner d'argent pour le club de foot.» Il incrimine plutôt «la défaillance de certains élus et de certains sponsors» qui n'ont pas tenu leurs promesses financières.

Retour à la case départ

Au printemps 2014, les Uzétiens finissent derniers de National. Le club descend en CFA, puis en CFA2 après une rétrogradation administrative infligée par la DNCG. Un an plus tard, nouvelle relégation, sportive celle-là. L'Entente termine dernier de sa poule... à 32 points du maintien ! Entre-temps, dix-huit joueurs ont saisi les prud'hommes pour être payés. Une addition qui se situe entre 150 000 et 200 000 €. «Dans cette affaire, il y a eu beaucoup de promesses et quasiment aucune n'a été tenue», résume l'avocat des joueurs, Me Palao. Le club finit par déposer le bilan le 4 juin 2015, avec un passif de plus de 400 000 €. En quelques mois, l'Entente Sportive Uzès-Pont-du-Gard a gâché tout ce qu'elle avait construit patiemment. Patrick Laisne de La Couronne a disparu et ne met plus les pieds au club. Les anciens dirigeants, Jean-Pierre Laurent (président) et Mohamed Tsouri (secrétaire général) en tête, ont créé un nouveau club en s'associant au voisin de l'AS Montaren, l'Entente Sportive Pays d'Uzès, qui redémarre en PHA... là où tout avait commencé. Dix ans après la naissance de l'ESUPG, «Serge Remon doit se retourner dans sa tombe, regrette Éric Fabre. S'il était encore là, ça ne se serait jamais passé comme ça»...
Florian Perrier
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