(ALLOTT WARREN/L'Equipe)
Grand format

Wenger, les Frenchies, Highbury, Guendouzi... Pourquoi les Français aiment tant les Gunners

Voilà des années qu'Arsenal apparaît comme le club anglais préféré des supporters français. Comment l'expliquer ? FF.fr a interrogé différents acteurs qui ont tous un point commun : les Gunners.

Benjamin Nolin * : «Arsenal a toujours cette connotation "française"»

«En 2007, on a fondé Arsenal France, association officielle et reconnue par le club. On l'a fait justement pour fédérer une communauté. On se réunit au stade, au pub, on fait les déplacements européens ou à l'Emirates ensemble. On est en étroite relation avec le département des associations de supporters d'Arsenal. Depuis plus de dix ans, on a réussi à créer un vrai lien, ce qui nous permet, par exemple, de mettre en place des rencontres avec les joueurs français. J'ai commencé à suivre Arsenal au milieu des années 90, en grande partie grâce à L'Equipe du Dimanche qui permettait de voir les résumés des matches étrangers. Ensuite, mon joueur préféré, Dennis Bergkamp, puis, bien sûr, Arsène Wenger sont arrivés. Ils ont vraiment enraciné ma passion. Wenger est l'un des plus grands entraîneurs français de l'histoire. Il ne pouvait que ramener dans son sillage les fans français.
 
Puis il y a eu cette période "Frenchie", avec des joueurs emblématiques d'Arsenal et de l'équipe de France comme Henry, Vieira ou encore Pires... Je dirais qu'il y a aussi le style de jeu d'Arsenal, même s'il a été moins flamboyant ces dernières années. Malgré le départ de Wenger, j'ai l'impression, que ce soit ici ou même en Angleterre, qu'Arsenal a toujours cette connotation "française". Et surtout la culture foot est vécue de manière beaucoup plus intense en Angleterre. J'en suis tombé amoureux. Lors de mes premiers déplacements à Londres, j'ai clairement pris une claque ! Je côtoie pas mal de membres de l'association, de divers horizons, leur passion est réelle et ils sont là, bien présents, dans les bons comme dans les mauvais moments.»

*Vice-président de l'association de supporters Arsenal France.

Laurent Koscielny avec des supporters d'Arsenal France. (D.R)
Laurent Koscielny avec des supporters d'Arsenal France. (D.R)

Vincent Arfeux * : «Les enfants et adolescents des années 1998-2000»

«L'association a été créée il y a une quinzaine d'années, avec 200-300 membres chaque saison. Le but ? Obtenir des places pour les matchs à l'Emirates, et parfois aussi à l'extérieur en Europe, mais aussi se rassembler pour les regarder. Les relations avec le club sont bonnes, on est régulièrement en contact avec le "supporter liaison officer", qui s'occupe de faire le lien avec les groupes. Je pense que ça touche surtout la génération de ceux qui étaient enfants ou adolescents dans les années 1998-2000, un âge d'or du football français. Des stars comme Petit, Vieira, Anelka, puis Henry, Pires, Wiltord jouaient à Arsenal, avec en plus la présence de Wenger. C'était une période où, grâce à internet, on commençait à suivre les clubs étrangers au quotidien, discuter avec des fans du monde entier et la PL était diffusée en France. Le foot n'avait plus de frontière. C'est un mélange de tout ça qui a créé un engouement à partir des années 2000.
 
Comme beaucoup, j'ai commencé à m'intéresser à ce club parce qu'il y avait un entraineur et des joueurs français que j'adorais. Puis j'ai découvert son histoire, sa culture mais aussi celles du football anglais. On jouait à Highbury, ancré dans des traditions avec une vraie identité, mais aussi une grande modernité. C'était spectaculaire sur le terrain, on dominait avec United comme seul rival, on rêvait de succès européens. On a depuis perdu un peu de notre identité, de cet espoir, nos succès sont plus rares. C'est une période de transition, mais la passion demeure. Chacun est libre de la vivre comme il l'entend. Si on en tombe amoureux, on devient membre d'une famille, avec les mêmes émotions, une culture commune. C'est plus important que les résultats ou la politique du club.»

*Président de l'Arsenal Supporters Club France (ASCFR).

Alexandre Lacazette pose lui aussi avec les supporters français d'Arsenal. (D.R)
Alexandre Lacazette pose lui aussi avec les supporters français d'Arsenal. (D.R)

Pascal Cygan * : «Ils se prenaient complètement de passion pour Arsenal»

«Arsenal, c'est le top 10 européen. Forcément, ça attire les fans du monde entier. La raison pour laquelle en France on nous suit un peu plus que les autres clubs, c'est Arsène Wenger. A l'époque, les résultats étaient phénoménaux et on avait une colonie de Français importante. Des joueurs internationaux, connus et reconnus en France et dans le monde comme Henry, Vieira, Pires, Wiltord. On croisait beaucoup de supporters français qui venaient juste pour voir leurs compatriotes. Ils se prenaient complètement de passion pour le club. C'était un vrai phénomène, les supporters français à Highbury. On était plutôt disponibles, on allait à leur rencontre, ça favorisait cette relation. Il y avait des liens plus particuliers entre nous, par exemple dans le bus on était ensemble. Mais dans le vestiaire, on parlait avec tout le monde.

Bergkamp, Seaman, Campbell, Keown étaient des joueurs formidables, mais surtout des personnes avec un statut dingue dans le pays. Seaman, c'était un phénomène, mais une personne d'une simplicité et d'une gentillesse folles. C'était pareil pour nous les Français. Quand on parlait de Pires, Henry ou Vieira, les supporters avaient la possibilité de se déplacer pour les voir jouer et les approcher. Je pense que Wenger s'efforçait de ne pas avoir de liens particuliers avec les Français, il le faisait en privé, à l'extérieur. Il parlait pareil avec tout le monde, titulaire ou pas, Français ou non. C'est peut-être aussi pour cela que ça a si bien marché, Arsène a réussi à créer un groupe bien ensemble qui répondait sur le terrain. On communiquait tous ensemble, les résultats n'auraient pas été aussi bons autrement.»

*Ancien joueur d'Arsenal de 2002 à 2006.
Pascal Cygan aux côtés de Gaël Clichy et Thierry Henry avant un match de Ligue des champions contre le Bayern, en 2005. (FEL/L'Equipe)
Pascal Cygan aux côtés de Gaël Clichy et Thierry Henry avant un match de Ligue des champions contre le Bayern, en 2005. (FEL/L'Equipe)

Jérémie Aliadière * : «Ils demandaient des maillots, ça parlait beaucoup français»

«C'est l'un des premiers clubs anglais qui a été vraiment supporté par des Français. Et c'est grâce à Wenger principalement, et au fait qu'il ait fait venir des Français ensuite, souvent des joueurs en difficulté dans leur carrière. Ils allaient là-bas et explosaient. Les titres aussi jouent beaucoup, quand tu vois qu'une équipe gagne, avec beaucoup de Français, ça aide. Quand on arrivait à Highbury, les supporters étaient là, avec juste une petite barrière. Maintenant à l'Emirates, il n'y a aucun contact, les joueurs rentrent direct. Avant, tu descendais du bus, tu avais dix mètres à marcher, et tu signais des autographes. C'est là que tu te rendais compte qu'il y avait énormément de Français. Ils demandaient des maillots et ça parlait beaucoup français. Je suis parti tôt, l'adaptation à la vie anglaise n'était pas facile. Dans le vestiaire avec les jeunes, je n'étais pas avec des Français. Dès que j'allais au stade et que j'en voyais, ça faisait plaisir, je parlais avec des gens que je ne connaissais pas, je m'incrustais dans les discussions. Que ces gens viennent te voir, c'est appréciable.

Ça se transmet de génération en génération. L'époque Wenger et des Invincibles a été partagée avec les enfants et les plus jeunes. Et puis il y a encore beaucoup de joueurs français ou francophones et pas les plus mauvais ! Un mec comme Guendouzi, pas très connu en France, qui s'impose à Arsenal, ça booste les Français à supporter. Arsenal c'était Wenger, mais Emery on le connait de son passage à Paris, ça fait des liens avec la France. J'espérais que ce soit Rennes au tirage ! Ça me fait plaisir, ce n'est pas un adversaire comme un autre. C'est un sentiment différent de jouer une équipe française, ça a un goût spécial. C'est top pour la Bretagne de recevoir Arsenal !»

*Ancien joueur d'Arsenal de 2001 à 2007.
Jérémie Aliadière avec Robert Pires. (F.Nataf/L'Equipe)
Jérémie Aliadière avec Robert Pires. (F.Nataf/L'Equipe)

Amy Lawrence * : «Les supporters en France savaient tout du club»

«La "francisation" est venue de la globalisation du football. Dans les premiers jours de la Premier League, les clubs avec une star étrangère, c'était assez nouveau, et ces grands noms créaient des communautés à l'étranger. Quand Arsène est arrivé, en deux-trois ans, un talent incroyable est arrivé de France : Vieira, Anelka, Henry, Petit... Le club avait cette forte influence française et au centre d'entraînement, on parlait beaucoup français. A un moment, certains fans anglais mettaient des bérets. C'était symbolique de cette culture commune et transversale. De la même manière que l'on sentait qu'Arsenal était en train de devenir plus français, Henry ou Wenger commençaient aussi à devenir anglais ! Pour être allé en France régulièrement, je dirais que depuis la fin des années 90, tout le monde connaît beaucoup mieux Arsenal qu'avant, grâce aux trophées et à la qualité de l'équipe. Les supporters en France savaient tout du club. Mais pas que sur Henry, aussi sur Adams, Parlour, Seaman, Overmars ou Bergkamp.

De plus en plus de fans s'imprègnent du club, de sa culture, de son histoire. Ils savent qu'Arsenal n'est pas né en 1996 avec Wenger, ils connaissent le titre de 1989 à Anfield, le doublé de 1971, Herbert Chapman. On peut le faire partout maintenant, c'est le cas des Français nés dans les années 80 ou 90. Ça vous prend aux tripes ! Les supporters décident d'en faire leur club et à partir de là, tu n'abandonnes pas le navire quand il tangue ou qu'il y a moins de Français. L'héritage de Wenger n'a pas disparu du jour au lendemain, ses idées sont encore partout. La relation de Pires avec Arsenal est si forte et inhabituelle, il est tout le temps dans les parages. Quand Henry a quitté Monaco, Arsenal jouait Manchester United juste après, il était là. Petit est arrivé il y a longtemps mais c'est pareil. Ils en parlent avec leur cœur, quitte à critiquer. Ils sont parfois sévères avec le club, mais c'est parce que ça les touche. Sinon, ils ne le seraient pas...»

*Journaliste pour The Guardian.

John Cross * : «L'héritage de Wenger continue de marquer les esprits»

«Tout a commencé dans les années 90, quand Arsène est arrivé. D'un coup, il y a eu une arrivée en masse de joueurs français. Ce qui a encore plus aidé à être populaire, c'est qu'ils étaient très bons, des superstars. La "marque" était très attractive, il y avait quelque chose de complètement différent, d'inhabituel dans cette équipe. Il ne faut pas oublier que Wenger a été le premier manager étranger à remporter la Premier League. Il a laissé un héritage et aujourd'hui les supporters restent loyaux par rapport à ce qu'il a réussi. Il y a une nouvelle génération de fans qui s'intéressent au club, les joueurs comme Henry, Petit, Vieira sont vus comme des légendes... Et une immense admiration qui perdure, avec encore cette influence française. Il sera intéressant de voir combien de temps ça peut durer, car le club prend des directions différentes, avec un nouveau manager.
 
Quand les parents ou leurs relations aiment un club, ça devient une tradition. Un peu la "French connexion" dans ce cas. Comme dans une aire de jeu, quand les enfants voient quelque chose de populaire, ils veulent faire pareil. Et depuis les années 90, l'héritage de Wenger continue de marquer les esprits. Arsenal avait du succès, gagnait des trophées et il y avait une réelle reconnaissance des joueurs pour les fans. Henry avait une relation dingue avec eux, il était idolâtré, il y avait une passion commune. Vieira avait une grande détermination qui plaisait, et Pires aussi est adoré... Il faut aussi se souvenir qu'après le Mondial 1998, notre journal a titré en Une : «Arsenal gagne la Coupe du monde». Aujourd'hui, elle est sur les murs de l'Emirates dans la salle de presse. Les joueurs ont dû apprécier d'être mondialement reconnus dans les médias aussi.»

*Rédacteur en chef football pour The Daily Mirror.
Jérémy Docteur
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :