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27 August 2019 - Carabao Cup  - Fulham v Southampton - Yan Valery of Southampton pre-match. - Photo by Liam Glover / Offside *** Local Caption *** (Liam Glover/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
Angleterre - Southampton

Yan Valéry (Southampton) : «Je n'ai pas envie d'être un joueur lambda»

Il a 21 ans, une ambition débordante mais son véritable décollage attend toujours : parti de Rennes à 16 ans pour Southampton, Yan Valéry y est devenu un homme. Avant peut-être de voir encore plus grand. Pour FF, le Français raconte son début de carrière et comment il espère revenir vite sur le devant la scène.

«Si on vous dit que vous venez de "fêter" vos cinq ans à Southampton, vous nous répondez quoi ?
Je n'y avais même pas pensé tellement ça passe vite ! Je suis arrivé à Southampton du Stade Rennais quand j'avais 16 ans. Au début, c'était un peu bizarre : tu es dans un nouveau pays et il faut s'adapter à la langue. J'ai l'impression que jouer avec les U18, c'était hier. J'ai eu beaucoup de hauts et de bas. Plus de hauts... Je me rappelle du jour où j'ai décidé de rejoindre Southampton. C'était après le tournoi de Montaigu. Il y avait quelques clubs intéressés. Quand j'ai entendu Southampton, je ne sais pas, directement, je me suis dit que c'était parfait.

Que saviez-vous des Saints ?
C'était un des meilleurs centres de formation d'Angleterre. A ce moment, il y avait (Morgan) Schneiderlin, (Sadio) Mané... Je voyais que c'était un bon club, qui jouait le milieu de tableau en Premier League, qui jouait un bon football. Je savais qu'ils faisaient sortir beaucoup de jeunes. Et comme j'avais toujours aimé le Championnat anglais... Quand tu regardes un match en Premier League, tu vois l'intensité, ça attaque, ça défend, les fans sont amoureux du foot... Il n'y a jamais de repos, il n'y a que du spectacle, que tu joues contre le dernier ou le premier, c'est un beau match à regarder. C'est tout l'environnement. C'est juste le meilleur Championnat du monde.

Et quand on a 16 ans, on pense déjà à tout ça ?
Ouais ! Plus jeune, j'avais des souvenirs de Thierry Henry quand il était à Arsenal avec Arsène Wenger. Manchester United avec Cristiano Ronaldo. Les tops clubs se battaient chaque année et tu ne savais pas qui allait gagner. J'aimais regarder les matches de Premier League.

«J'ai arrêté le foot à sept ans»

Parlons de vos origines avec le foot : au départ, cela n'a pas été si évident que ça...
J'ai commencé à six ans, mais j'étais encore un peu faignant. Pour commencer un entraînement, le coach nous faisait courir autour du terrain. Je n'aimais pas ça. J'ai arrêté à sept ans. J'ai essayé d'autres sports comme du judo, de la boxe, mais aussi du handball... Et le foot me manquait. A l'école, les surveillants disaient à ma mère : "Pourquoi vous ne l'inscrivez pas ?" J'y suis revenu. Je disais à ma mère que je voulais reprendre, mais elle pensait que ça allait être encore la même histoire : rejouer, pour ensuite de nouveau arrêter... Elle a fini par m'inscrire. Ma mère m'a aidé pour beaucoup de choses même si elle ne s'y connaissait pas beaucoup dans le foot, c'était plus mon père qui en était fan. Mais elle s'est mise dedans. Quand j'étais jeune, à Champigny-sur-Marne, ça pouvait être facile de partir avec mes potes et faire n'importe quoi. J'ai beaucoup déménagé, mais ma mère a toujours fait en sorte que je n'habite pas dans une cité, pour m'éloigner, on va dire, de cet environnement. Elle me demandait de me concentrer sur le foot et ne me laissait pas trop sortir à des heures tardives. Elle était là pour ne pas que je m'éloigne de mon objectif. A un moment, c'est vrai que je savais que je voulais. J'aimais le foot, je voulais en faire mon métier. Je n'étais pas mauvais à l'école, mais quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je ne me voyais pas faire autre chose. A un âge, c'est facile de traîner avec des personnes qui font certaines choses, de te laisser engrainer... Je suis resté focus sur mes objectifs et j'ai eu la chance de partir assez jeune à Rennes.
(Paul Chesterton/Focus Images/E/PRESSE SPORTS)
(Paul Chesterton/Focus Images/E/PRESSE SPORTS)
«Ma mère me demandait de me concentrer sur le foot et ne me laissait pas trop sortir à des heures tardives. Elle était là pour ne pas que je m'éloigne de mon objectif.»
Racontez-nous pourquoi cela ne s'est pas si bien passé...
Quand je suis arrivé, j'ai signé une convention. L'année suivante, au moment où, normalement, tu signes ton contrat aspirant, ils m'ont dit qu'ils voulaient continuer sur une convention sous prétexte qu'il y avait des choses au niveau du comportement qui faisaient que... Quand je me suis calmé ou qu'il n'y avait rien à signaler, ils cherchaient toujours un petit truc pour me dire : "Si tu arrives à faire ça, on te le donne." A partir du moment où plein de clubs ont commencé à s'intéresser à moi, c'est là qu'ils ont dit : "On veut te signer, on veut te signer !" Je n'ai pas aimé. Je n'ai pas aimé qu'ils aient besoin de la pression d'autres clubs. Mais je n'ai pas d'amertume envers ce club ! Ils m'ont beaucoup aidé, ils m'ont fait beaucoup progresser : techniquement, tactiquement... Rennes, c'est vraiment un bon club pour les jeunes. Je n'y suis peut-être pas allé au bon moment.

«Les Anglais, j'ai cru que c'étaient des fous, je ne comprenais pas»

A quel point aviez-vous performé au tournoi de Montaigu pour voir votre cote exploser ?
Je l'avais disputé l'année d'avant avec les 1998 en étant surclassé. On l'avait gagné. Et cette année-là, je le disputais avec ma génération. J'ai joué comme d'habitude ! Mais à ce tournoi, il y a beaucoup de recruteurs. Je n'avais pas fait un tournoi de fou non plus ! J'ai terminé la saison avec Rennes. En allant à Southampton, mes parents avaient peur que le côté école soit oublié. Ils sont allés visiter sans moi. Ils ont beaucoup parlé et ont essayé d'organiser pour que je puisse continuer mon Bac en Angleterre. A la fin, ils m'ont dit que c'était vraiment parfait. Je suis allé visiter à mon tour, j'ai fait quelques tests et cela s'est concrétisé.

Cinq ans plus tard, on imagine que vous avez évolué dans beaucoup de domaines. Mais sur lesquels encore plus ?
Comme vous dites, c'est dans tout ! Quand tu joues en Premier League, des choses se développent dans ta façon de jouer, de penser. Même quand je suis arrivé, le tempo était complètement différent par rapport à la France. Même en U18. En dehors du foot, j'étais loin de mes parents. J'ai muri plus vite que la moyenne. J'ai aussi appris à gérer plein de choses tout seul. Je ne suis pas devenu solitaire mais il y a beaucoup de choses où, avant, j'aurais eu besoin de quelqu'un. Je me souviens de mon arrivée dans ma famille d'accueil. En France, j'avais l'habitude de prendre mon dîner à 20 heures - 20h30. Eux, ici, ils mangeaient à 17h30 - 18 heures. En sortant de l'entraînement à 16 heures, je me disais : "J'ai une petite faim, je vais prendre un petit goûter." Mais je ne pensais pas à cuisiner ! Eux, ils m'ont habitué. Au début, j'ai cru que c'étaient des fous, je ne comprenais pas. J'ai même fait des recherches ! Et des docteurs me disaient aussi que c'était bon pour mon corps de dîner plus tôt. Maintenant, je mange à 18 heures - 18h30.
«Ce but à Manchester, je l'aurais dans ma tête jusqu'à la fin de ma carrière.»
Une arrivée en 2015, la catégorie U18, puis U23, avant une première chez les pros en Premier League face à Manchester United le 1er décembre 2018. Un cheminement assez logique...
A mon arrivée, j'ai été très vite surclassé. Le football change beaucoup entre les U18 et les U23, j'apprenais toujours en avance. Ensuite, quand j'ai joué avec l'équipe première, je ne m'y attendais pas. Je me disais que j'étais prêt mais je ne savais pas que ça allait arriver là ! On perdait quelques matches, le coach pensait peut-être qu'il allait partir. J'étais prêt. J'ai commencé à Leicester en Coupe (NDLR : 0-0 en League Cup le 27 novembre ; élimination aux tirs au but). Ensuite il y a eu ce match en Premier League. Même si j'avais fait une bonne prestation contre Leicester, pas un match de ouf non plus, je ne pensais pas qu'il (NDLR : Mark Hugues, son entraîneur) allait me faire jouer le week-end juste après contre Manchester United. J'étais excité, je n'attendais que ça (NDLR : 2-2 score final ; Yan Valéry dispute l'intégralité de la rencontre).

Manchester United va décidément être une équipe incontournable de vos débuts en Championnat. Une première apparition face aux Red Devils et un premier but également face à MU quatre mois après. Et quel but... Peut-être vous en parle-t-on trop souvent mais ce but vous a mis dans la lumière.
Oui, on peut dire ça. Je suis Français. Mais on ne me connaît pas autant qu'en Angleterre. Et quand j'ai marqué ce but, on a parlé plus de moi en France. C'était un match incroyable. Je l'aurais dans ma tête jusqu'à la fin de ma carrière.
Vous parliez de votre "cote" en France : comment pensez-vous être vu en Angleterre ?
Si je vais à Londres, des gens peuvent me reconnaître. On sait un peu qui je suis. En France, on va plutôt dire : "Lui, j'ai l'impression que je l'ai déjà vu. Sa tête me dit quelque chose." Mais ils ne vont pas penser à Yan Valéry, le joueur de Southampton. C'est un peu comme si je suis un joueur anglais vu que je suis arrivé très jeune.

«Avec la mononucléose infectieuse, je ne pouvais rien faire»

Vous disputez 23 matches de Premier League en 2018-19, avec donc ce but à Manchester. La saison suivante, en 2019-20, devait être celle de la confirmation. Cela a été plus délicat. Pourquoi ?
Cette saison a été très dure. J'ai eu des blessures et surtout une mononucléose infectieuse. Pendant trois à quatre mois, je ne pouvais rien faire. J'ai raté le Boxing Day, j'ai raté plein de matches. Quand je suis revenu, je me suis bien senti mais le problème avec la mononucléose est que le virus est toujours en toi. Donc tu n'as pas le droit de t'entraîner sinon tu peux avoir des problèmes aux poumons. J'étais frustré. Ensuite, j'ai dû refaire toute ma préparation physique. Je reviens pour jouer contre Newcastle (NDLR : 7 mars 2020, défaite 1-0 ; Son premier match de Championnat depuis le 30 novembre 2019) et là, directement, il y a le coronavirus. Et, encore une fois, je n'ai pas pu jouer et m'entraîner pendant un long moment. Au retour, ma confiance n'était pas au top, je n'ai pas joué mon meilleur football. Une saison amère. Mais j'ai appris beaucoup de choses de ces moments-là. Cela m'a fait beaucoup travailler mentalement. Il faut essayer de prendre le positif des mauvaises choses. Cette saison (NDLR : 2020-21), je veux jouer, j'ai besoin de jouer, je sais où je veux aller. Il faut que je reprenne de la confiance et que je continue à progresser.
«J'ai envie d'être dans le top niveau, jouer dans les meilleurs clubs, être international. Je n'ai pas envie de m'arrêter-là, d'être juste un joueur de Premier League ou un joueur lambda. Je ne mets aucune limite.»
Où voulez-vous aller ?
J'ai envie d'être dans le top niveau, jouer dans les meilleurs clubs, être international. Je n'ai pas envie de m'arrêter-là, d'être juste un joueur de Premier League ou un joueur lambda. Je ne mets aucune limite. Cette saison, je veux jouer le plus de matches possibles, devenir constant. Ensuite, quand tu es constant et que tu fais des bons matches, tout suit : tu vas être appelé au niveau international... (Il ne finit pas sa phrase.) Là, je me concentre vraiment sur jouer (NDLR : Il est toujours bloqué à 0 minute cette saison au sein d'un Southampton qui tourne très bien avec cinq victoires en huit journées).

«On a oublié qu'un latéral devait défendre»

Allons sur le terrain justement : comment appréciez-vous l'évolution de l'importance du poste de latéral droit ?
Il y a l'expression du latéral moderne, celui qui monte beaucoup, qui apporte beaucoup offensivement. Mais qui doit aussi faire son job défensif. Je me retrouve dans ça car je suis quelqu'un qui aime beaucoup attaquer. Plus jeune, on me faisait même jouer un peu plus haut, en tant qu'ailier. Dans une défense à cinq, c'était vraiment parfait pour moi : offensivement, je pouvais prendre tout le couloir et, derrière, il y avait quelqu'un, au cas où, pour couvrir quand je montais. Mais même dans une défense à quatre, je sais que je dois faire mon boulot défensif.

N'a-t-on parfois pas oublié qu'un latéral devait aussi, et surtout, défendre ?
Oui, c'est vrai. On l'a oublié à un certain moment mais là on y revient. Je regarde pas mal de foot, j'observe ce qu'on dit et on parle beaucoup justement du fait que les latéraux devraient être plus focus défensivement. En équipe de France, par exemple, on a beaucoup critiqué les latéraux parce qu'on n'était pas assez fort défensivement...
«J'ai beaucoup aimé Cafu.»
A vous écouter, vous vous sentez mieux dans une défense à cinq.
Je préfère. Mais, dans tous les cas, je ferai mon taff. Si on me demande, je choisis la défense à cinq parce que je peux monter et que j'ai plus de rôle offensivement. J'ai beaucoup aimé Cafu : j'aimais bien comment il attaquait énormément mais il était également bon en défense. Sinon, c'est bizarre, mais j'aime beaucoup regarder les ailiers.

De là à vous voir monter d'un cran sur le terrain dans le futur ?
(Il hésite.) Non... Je fais juste mon job. Après, si un entraîneur me demande de jouer ailier, je jouerai ailier !

Quatre jours après votre match face à Manchester United en 2018, Mark Hugues a été remplacé par Ralph Hasenhüttl : décrivez-nous sa méthode en trois mots.
Intensité. Hardwork, travailler dur. Exigence. Dans sa personnalité, il est focus sur le terrain.

«J'ai envie de devenir international»

Vous parliez du statut d'international : considérez-vous avoir, à un moment donné, été un peu oublié des équipes de France de jeunes, et notamment des Espoirs (NDLR : Il compte sept capes chez les U17 et une chez les U18) ?
Je ne sais pas... Il faut demander aux coaches... C'est vrai que j'ai fait l'Euro U17. J'ai eu quelques blessures ensuite. Vous savez, en jeunes, quand on joue à l'étranger, des fois, on ne parle pas trop de vous et peut-être qu'on peut vous oublier... Franchement, je ne peux pas répondre à cette question. Je ne sais pas pourquoi, je n'en connais pas les raisons. L'équipe de France A ? Mon ambition est là, j'ai envie de devenir international. Mais si tu ne peux pas aller en équipe nationale, c'est que tu ne joues pas en club.

Au poste de latéral droit, derrière Benjamin Pavard, il y a une place à prendre en équipe de France...
Oui, c'est sûr. Mais il faut que je joue. Je veux être constant et, ensuite, tout va suivre.»
Timothé Crépin
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