Soccer Football - Africa Cup of Nations 2019 - Semi Final - Algeria v Nigeria - Cairo International Stadium, Cairo, Egypt - July 14, 2019  Algeria's Youcef Belaili celebrates after the match   REUTERS/Sumaya Hisham (Reuters)
CAN 2019 - Algérie

Youcef Belaïli, l'heure de la rédemption

Grand espoir du football algérien, Youcef Belaïli s'est perdu en cours de route. Mais cette Coupe d'Afrique des nations, dont il est la principale attraction, le montre sous un autre jour, bien loin des frasques et d'une suspension qui lui a coûté deux ans de carrière.

«Après tout ce qu'il s'est passé, le voir revenir à ce niveau, c'est assez incroyable. Ca dénote d'une endurance mentale exceptionnelle.» Quand il s'agit d'évoquer Youcef Belaïli avec ceux qui l'ont connus, c'est quitte ou double. Soit les éloges pleuvent, soit la porte reste fermée. Le bonhomme ne s'est pas fait que des amis. Un excès de confiance revendiqué, un entourage peut-être trop intrusif et une étiquette de mauvais garçon ont dessiné une trajectoire tortueuse, à mille lieues de son statut d'immense espoir. Nabil Maâloul, lui, ne cache pas son admiration. Ni sa surprise. L'ancien entraîneur de l'Espérance de Tunis, qui a eu Youcef Belaïli sous ses ordres entre 2012 et 2014, concède voir un tout autre joueur et homme dans cette Coupe d'Afrique des nations. Deux buts contre le Sénégal et la Guinée et une activité de tous les instants. «C'est l'un des meilleurs joueurs de la CAN», ni plus ni moins.

Cocaïne et tournois inter-quartiers

Et s'il y a bien un point sur lequel tout le monde s'accorde, c'est que Youcef Belaïli revient de loin. En 2015, après six ans de carrière professionnelle et un cheminement saccadé (Belaïli n'a jamais connu un club plus de deux saisons), le natif d'Oran est contrôlé positif à la cocaïne après un match de Ligue des champions africaine. Le début d'un long calvaire pour le milieu de terrain qui venait juste de goûter aux joies de la sélection. Le couperet tombe : quatre ans de suspension, réduits à deux ans après un appel devant le tribunal arbitral du sport (TAS). «C'était difficile pour moi de le surveiller. Il habitait seul à Alger et moi, je suis presque tout le temps à Oran, avouait son père Hafid à El Heddaf TV. D'après ce que j'ai entendu, il avait des amis, et à cause d'eux, il a commencé à sortir la nuit et s'amuser.»
«Il a souffert dans sa vie. D'abord pour des raisons familiales. Puis il a vécu durement de se faire choper sur ce contrôle antidopage» (Maâmar Djebbour, journaliste pour Radio Chaîne III)
La nouvelle passe mal pour l'USM Alger, qui lui offre alors 70 000 euros par mois, le salaire le plus élevé du pays. Le club de la capitale résilie le contrat de sa pépite avec effet immédiat. Pour Maâmar Djebbour, journaliste de la Radio Chaîne III, l'épisode relève davantage de «l'erreur de jeunesse.» «Il a souffert dans sa vie. D'abord pour des raisons familiales avec le divorce de ses parents. Puis il a vécu durement de se faire choper sur ce contrôle antidopage et être suspendu aussi lourdement. Mais ça lui a donné à réfléchir.» Pourtant, Belaïli n'est pas au bout de ses peines. Au terme de sa suspension, il s'engage avec Angers. Mais le joueur, trop impatient, ne disputera qu'un petit match en Coupe de la Ligue avant un départ en janvier. La collaboration tourne court, et mal... «Belaïli est un chic garçon, mais il est victime de son entourage qui lui porte préjudice et ne l'aide pas», se défendait le président Chabane sur les ondes de la Chaîne III. Le milieu des Fennecs n'est pas épargné et alors que de nombreux Algériens le conspuent pour les raisons que l'on connaît, l'épisode angevin égratigne encore un peu plus sa réputation. Pourtant, d'aucuns s'accordent à dire que l'intéressé est un garçon agréable, enjoué, peut-être juste parfois submergé par son désir de jouer.
Pour ne rien perdre de son football - et peut-être aussi se rapprocher du peuple algérien après sa suspension, Belaïli a participé à de nombreux tournois inter-quartiers dans l'Ouest du pays, aux alentours d'Oran. Soutenu par des anciens joueurs de la ville, pris sous son aile par l'illustre Ballon d'Or africain Lakhdar Belloumi, le milieu de terrain a pris le temps pour son opération reconquête. «Je l'ai vu motivé, très sympa, humble et souriant, se souvient Oussama, qui l'avait rencontré à un tournoi à Sidi Bel Abbès, au sud d'Oran. Il a vraiment été bien accompagné pour surmonter cette période.» Belloumi le connaît de longue date. La légende algérienne (100 sélections, 27 buts) a disputé un match inter-quartiers avec lui lorsqu'il avait 17 ans. «L'équipe avait gagné 5-2, et les deux avaient fait des merveilles, remet Kada Chafi, président de l'association oranaise La Radieuse, qui avait joué les entremetteurs. Belloumi disait qu'il avait de grandes qualités, qu'il était très doué, que s'il faisait le bon choix pour son prochain club il pourrait devenir comme lui.»
«Des gens me disaient que ce n'était pas bien de le faire jouer dans des tournois, que ça donnait une mauvaise image, que ça allait encourager la consommation de cocaïne» (Kada Chafi, président de l'association La Radieuse)
Quelques années plus tard, lorsque Belaïli ronge son frein pendant sa suspension, La Radieuse fait le maximum pour le tirer vers le haut. Et fait fi des attaques répétées. «Des gens me disaient que ce n'était pas bien de le faire jouer dans des tournois, que ça donnait une mauvaise image, que ça allait encourager la consommation de cocaïne», poursuit Kada Chafi. Mais le natif d'Oran a tiré un trait sur le passé et sur une grossière erreur de jeunesse. Maâmar Djebbour, qui suit les Fennecs pour la Radio Chaîne III, est catégorique : la mentalité de Belaïli a changé du tout au tout. «A l'USM Alger, je l'avais connu un peu timide, pas très rigoureux au niveau des horaires. Maintenant avec l'équipe nationale, il est totalement libéré. Il fait partie d'une génération que je qualifie de 2.0. C'est quelqu'un qui met l'ambiance dans le vestiaire, qui chante, qui danse. C'est le premier à chambrer. (...) Tout en restant abordable, disponible avec les supporters pour une photo ou un mot sympa.»
Youcef Belaïli à un tournoi inter-quartier pendant sa suspension (crédit photo : Kada Chafi)
Youcef Belaïli à un tournoi inter-quartier pendant sa suspension (crédit photo : Kada Chafi)

«C'est la coqueluche de l'Algérie»

Mais son comportement exemplaire n'aurait pas autant d'importance s'il n'était pas accompagné de solides prestations sur le pré. Vainqueur de la Ligue des champions africaine avec l'Espérance où il est revenu en 2018, il a su redorer son blason pour attraper en vol sa sélection pour la CAN, ce qui a pu en étonner certains de prime abord. En réalité, Djamel Belmadi est un grand fan du joueur, qu'il avait déjà essayé d'attirer lorsqu'il entraînait au Qatar. Les deux hommes ont créé une solide relation, et l'entraîneur sait parfaitement comment fonctionne son joueur. «Youcef, il aime être bousculé, avoir de la concurrence, éclaire Nabil Maâloul. Il ne doit pas être sur le banc mais il ne doit pas non plus être titulaire indiscutable. Il a besoin d'être discuté.» Depuis ses sorties de route dans les nuits d'Alger, Belaïli a changé, c'est juré. Les obligations de sa paternité lui ont fait gagner en maturité. Physiquement, le milieu de terrain s'est transformé. «Toutes ces épreuves lui ont fait comprendre qu'il fallait se remettre au boulot, constate Mansour Boutabout, ancien international algérien (22 sélections). On le voit physiquement et musculairement, il s'est bien affiné. Ses quadriceps sont impressionnants. Pourtant, en Afrique, en face de lui, il a des bonhommes d'1,90m, 95 kilos... Va les bouger ! Avant il était un peu lourd. Là il est très puissant. C'est la coqueluche de l'Algérie. Avec cette CAN et la possibilité de représenter le pays, il s'est dit que c'était le moyen de montrer son niveau et de s'excuser aussi de tout ce qu'il a pu faire avant.»
«On le voit physiquement et musculairement, il s'est bien affiné. Ses quadriceps sont impressionnants. Pourtant, en Afrique, en face de lui, il a des bonhommes d'1,90m, 95 kilos...» (Mansour Boutabout, ancien international algérien)
Maâmar Djebbour abonde : «Aujourd'hui, il confirme son talent et le met au service du collectif. C'est un fin technicien, capable de dribbler dans un espace réduit, d'orienter le jeu, de l'animer. Quand il est en forme physiquement, il est capable de vous faire gagner un match.» Et si l'entièreté du peuple algérien ne lui a peut-être pas encore pardonné ses frasques d'antan, ça en prend en tout cas le chemin à force de détermination... et de prémonition ? Kada Chafi rembobine : «Quelques semaines après que Leicester remporte la Premier League en 2016, j'ai invité Mahrez à une finale de tournoi inter-quartiers avec Slimani. L'équipe de Belaïli jouait, mais l'événement c'était Mahrez. Youcef m'a dit : “Kada, j'ai fait de mon mieux pour revenir après ma suspension, maintenant je veux jouer avec Mahrez et Slimani.“ Personne ne croyait qu'il pourrait atteindre ce niveau.» Avec le sacre de l'Algérie, nul doute que l'ensemble du pays a définitivement fait une croix sur le passé tumultueux du natif d'Oran.
Antonin Deslandes et Augustin Audouin
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larguetlotfi2002 19 juil. à 15:22

Je pense que l'article ne met pas plus en valeur l'apport de son club, l'Espérance de Tunis, qui est allé le chercher alors qu'il était au fond du trou. C'est aussi grâce au travail effectué à l'Espérance, au soutien de son staff, de ses dirigeants et des supporters de ce club qu'il a pu de nouveau émerger et redevenir, ce qu'il a dû toujours être, un brillant joueur.

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