Vahid Halilhodzic (L'Equipe)
Japon

«Retrouver l'esprit samouraï»

Intronisé officiellement comme nouveau sélectionneur du Japon, le 13 mars, à Tokyo, Vahid Halilhodzic s'est mis aussitôt au travail pour affronter ses deux premiers rendez-vous : contre la Tunisie, le 27 mars, à Oita, et l'Ouzbékistan, le 31 mars, à Tokyo. Après trois années à la tête de l'Algérie et une expérience avortée de quelques mois à Trabzonspor (Turquie), une nouvelle aventure débute pour le franco-bosniaque de 62 ans. Il nous a livré ses premières impressions.

Lors de ma première conférence de presse, il y avait une centaine de caméras et de photographes. Impressionnant !
« Comment avez-vous fait pour composer, puis annoncer une liste de 31 joueurs en quelques jours à peine ?

Ça n'a pas été facile. En une semaine, je ne pouvais pas connaître tout le monde. Dans les jours qui ont précédé mon arrivée, j'ai visionné tous les matches du Japon lors de la Coupe du monde 2014 et la Coupe d'Asie 2015. Je me suis appuyé sur le directeur technique de la fédération japonaise Masahiro Shimoda. J'ai aussi reçu l'aide de quelques entraîneurs de clubs et j'ai parlé avec Erick Mombaerts qui travaille à Yokohama Marinos.

Qu'est-ce qui a vous a plu dans la proposition japonaise ?

J'avais une dizaine de propositions de sélections et des clubs étaient venus aux renseignements pour l'été prochain. Mais il fallait attendre. Le Japon m'a présenté un projet clair, volontariste, qui m'a tout de suite séduit. J'ai demandé l'avis de ma famille. Ma femme était pour et mes enfants m'ont dit : ''Papa, il faut aller là-bas.''

Comment se sont passés les premiers jours ?

L'accueil a été exceptionnel. J'ai été très touché. J'ai découvert un engouement incroyable pour le foot. Les Japonais sont des gens simples, humbles et enthousiastes. Ils sont très attachés à leurs traditions et ça, ça me plait. C'est très différent de l'Europe.

Et de l'Algérie aussi ?

La passion s'exprime d'une autre façon. Mais pour ce qui est de l'emballement médiatique, c'est pareil. Lors de ma première conférence de presse, il y avait une centaine de caméras et de photographes. Impressionnant ! On sent une mobilisation totale autour de la sélection. A Oita, on s'est entraîné devant plusieurs milliers de personnes. C'est un environnement très motivant.

Et la pression est donc forte...

Oui, ils attendent beaucoup de moi, mais j'aime ça. Je vais essayer de faire quelque chose pour cette grande nation. Le Japon reste sur deux déceptions lors de la Coupe du monde (élimination au 1er tour) et de la Coupe d'Asie (élimination en quart de finale face aux Emirats Arabes Unis). Même si les Japonais ne montrent pas trop leurs émotions, ils ont été touchés, voire un peu humiliés. Il faut restaurer la confiance. Le surnom de l'équipe nationale, c'est les ''Samouraï Blue''. Et bien, il faut retrouver cet esprit samouraï. Que les joueurs redeviennent des guerriers qui respectent tout le monde mais n'ont peur de personne.
Shinji Kagawa et Keisuke Honda, les deux fers de lance de la sélection nipponne  (L'Equipe)
Shinji Kagawa et Keisuke Honda, les deux fers de lance de la sélection nipponne (L'Equipe)
Qu'attendez-vous de ces deux premiers matches ?

Ils sont très importants même si ce sont des matches amicaux. On redémarre un nouveau cycle. Il faut évacuer le malaise et créer une nouvelle dynamique. Ce ne sera pas facile et j'ai prévenu qu'il faudra du temps. Mais le talent est là. La preuve, beaucoup de joueurs évoluent en Europe.

Vous repartez donc sur un plan de trois ans, comme en Algérie ?

Oui, avec la Coupe du monde en Russie en ligne de mire. Avec l'Algérie, j'avais commencé d'un peu plus bas. Le challenge était compliqué, mais on l'a relevé.

Le Japon est tombé à la 55e place au classement Fifa...

Oui, mais je connais le chemin. Dans ma carrière, en club ou en sélection, je suis souvent parti d'assez bas pour remonter la pente. Lors de notre première réunion, j'ai dit aux joueurs que je ne voyais aucune raison pour que l'on ne réussisse pas ensemble. Mais j'ai ajouté qu'il fallait se mettre au travail dès le premier jour et ne laisser aucune place à l'improvisation.

Vous avez pris des gens à vous dans le staff ?

Oui. Cyril Moine, le préparateur physique, qui a déjà travaillé avec moi et Jacky Bonnevay, qui sera mon adjoint.

«Je me suis plongé dans deux livres sur l'histoire du Japon que ma femme m'a offert»

Quel sera votre programme après ces deux premiers matches ?

Je dois passer du temps au Japon car ma connaissance des joueurs locaux n'est pas terrible. Ça tombe bien, le championnat vient de démarrer. Je souhaite organiser des stages de deux ou trois jours avec les joueurs locaux pour mieux les connaître, faire passer mon message et créer de la concurrence. Pour cela, il faut que j'obtienne l'autorisation des clubs. Ensuite, j'irai faire un tour en Europe pour voir les expatriés.

Etiez-vous déjà venu au Japon ?

Une fois, en 2008, avec la Côte d'Ivoire, pour la Kirin Cup. Je m'en souviens très bien. C'était mon premier match et, à la suite de nombreux forfaits, j'étais parti là-bas avec dix joueurs et deux gardiens.

Vous allez vous installer au Japon ?

Oui, je vais prendre un appartement dans le centre de Tokyo. J'espère que ma famille viendra de temps en temps.

Allez-vous apprendre le Japonais ?

J'y compte bien. En attendant, je me suis plongé dans deux livres sur l'histoire du Japon que ma femme m'a offert. J'aime bien découvrir un pays au-delà du football.

Vous êtes convaincu d'avoir fait le bon choix ?

Je pense, oui. Je n'ai pas toujours fait les bons choix dans ma carrière. J'aurais aimé entraîner un club qui a le potentiel pour gagner la Ligue des champions. Mais en dehors de quelques timides approches, cette proposition n'est pas venue.» 

Rémy Lacombe
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