boland (lionel)henriques (brigitte)le graet (noel)desumer (bertrand)boy de la tour (nathalie) (A. Reau/L'Equipe)
Économie

Foot et «écosystème»

Le 18 mars dernier Noel Le Graët était réélu Président de la FFF avec un bilan sportif et économique reconnu par la plupart des observateurs. Cependant, bien que les résultats sportifs, économiques et sociaux soient des indicateurs clés de la réussite d'une politique fédérale, le rôle d'une Fédération sportive est aussi de fédérer un ensemble de parties prenantes formant son "écosystème".

Le terme écosystème est devenu un classique dans les discours de nombreux dirigeants sportifs. Pour autant, ce concept emprunté au secteur de l'écologie a très rarement été explicité dans le contexte d'une Fédération sportive. L'économiste James Moore l'a fait dans le milieu des affaires en rappelant qu'un écosystème écologique est constitué de deux éléments en interaction entre le milieu (biotope) et les êtres vivants qui l'occupent (biocénose). Dans le contexte d'une Fédération sportive telle que la FFF, le biotope peut être caractérisé par des lieux de vie (stades et clubs notamment) et la biocénose par les acteurs parties prenantes (sportifs amateurs et de haut niveau, fans, institutions publiques, partenaires, fournisseurs, médias...).
Chacune des parties prenantes participe à la performance de la FFF, qui joue un rôle de fédérateur permettant à chacune d'entre elle d'atteindre ses objectifs.
Chacune des parties prenantes participe à la performance de la FFF, qui joue un rôle de fédérateur permettant à chacune d'entre elle d'atteindre ses objectifs. Autrement dit, pour évaluer la performance d'une Fédération, l'analyse des performances de chaque acteur partie prenante intégré à son écosystème est un indicateur clé de la réussite ou pas d'une stratégie de long terme mise en place par le Président et ses dirigeants. La FFF joue donc un rôle essentiel en rendant ses clubs plus attractifs en termes de licenciés, en cherchant à rendre les fans plus heureux dans les stades, en permettant aux médias d'atteindre des taux d'audience importants, en valorisant les marques partenaires de ses équipes nationales ou encore en favorisant l'attractivité territoriale par la pratique du football.
Si ce rôle de "n°10" et donc de "playmaker" de la part de la gouvernance de la FFF apparait comme essentiel, la question de la mesure de performance écosystémique de la FFF se pose. Afin d'évaluer l'état de l'écosystème de la FFF et donc de la capacité de la Fédération à rendre ses parties prenantes plus performantes, trois indicateurs sont à prendre en considération de manière chronologique :

1. La qualité des relations interpersonnelles crées et entretenues avec chaque partie prenante est ce que l'on peut appeler le premier cercle écosystémique à construire. Dans une perspective d'évaluation relationnelle, la durée de la relation, le côté intime et émotionnel ainsi que les services que peuvent se rendre réciproquement les acteurs parties prenantes sont des indicateurs pertinents. Les Fédés de tennis (FFT) et de rugby (FFR) sont dans une période de recréation de leur écosystème relationnel. La FFF a quant à elle effectué cette reconstruction après la Coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud.
 
2. Une fois le cercle relationnel mis en place, celui de la réputation devient stratégique. Dans ce contexte, l'indicateur clé est celui de la réputation de la FFF qui est la résultante de ce que l'ensemble des parties prenantes perçoivent et expriment au sujet de la politique, des actions et des résultats fédéraux. Attention à ne pas confondre la marque et la réputation de la FFF ; car si cette dernière possède sa marque ce sont ses parties prenantes qui possèdent sa réputation ! La FFF en est actuellement à ce stade.
 
3. Enfin, si les étapes des cercles relationnels et "réputationnels" ont été gravies de manière efficace, le stade ultime est celui du cercle culturel. Ce dernier est très rarement atteint et n'est visible que si le réseau de parties prenantes est devenu une communauté de destin interagissant de manière quasi naturelle avec des objectifs communs clairement partagés. La Fédé de handball (FFHB) en est à ce stade et a débuté son ascension écosystémique en 1992. La création d'une culture sportive et son entretien permet in fine de solidifier une marque de fabrique fédérale la rendant rare et donc à la fois attractive et valorisable.
Lionel Maltese
Maitre de Conférences Aix Marseille Université
Professeur Associé Kedge Business School

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