Chronique éco

France recherche business model

Chaque mercredi, francefootball.fr vous propose, avec le concours de cinq spécialistes, un éclairage sur l'actualité du business du football. Cette semaine, la question du business model des clubs français.

Chaque printemps, au moment de la publication du rapport d’activité de la DNCG sur les comptes des 40 clubs de Ligue 1 et Ligue 2, la question du business model des clubs de football se pose et se repose ! Sans les clubs de Ligue 2, le résultat de l’exercice pour les 20 clubs de Ligue 1 grimpe à -102 millions d'euros…. Pendant ce temps, le voisin allemand continue à être cité en exemple et à faire des envieux avec son modèle équilibré en termes de ressources. Le Bayern Munich en est la référence avec 528 millions d'euros de chiffres d’affaires (+22 %), un bénéfice net de 16,5 millions d'euros (+18 %), plus de 250 000 socios (n°1 mondial) et 1,3 million de maillots vendus ! En même temps, le club bavarois annonce la signature d’un contrat de 900 ME jusqu’en 2030 avec Adidas soit 60 ME par saison contre 25 auparavant…

Il y a le PSG et les autres

Le business model «à la française» est ainsi devenu un enjeu économique de plus en plus débattu sans pour autant aboutir à une modélisation concrète pour les clubs de l’Hexagone. Jean-Michel Aulas, qui a souvent évoqué le «modèle Bayern», communique sur sa stratégie et son projet basé sur deux actifs propres, la formation et son futur stade, afin de construire un nouveau business model vertueux à Lyon. À lui seul, le PSG a généré presque un tiers des revenus de la Ligue et base son modèle sur les intérêts de son actionnaire à investir dans ce club et cette ville. Pour autant, les nouveaux dirigeants parisiens s’activent à construire et développer les actifs stratégiques du club : formation, réaménagement du Parc des Princes, partenariats, marque commerciale…

Michel Seydoux voit clair

Parmi les prises de parole sur le sujet, Michel Seydoux a récemment eu l’une des analyses les plus pertinentes à l’occasion de l’émission «Les Spécimens» sur Canal Plus Sport. Pour le président lillois, outre les contraintes liées au poids continu de la fiscalité française, plusieurs éléments bloquent les stratégies entrepreneuriales des dirigeants français et donc la mutation de leur business model actuel. Les deux piliers économiques des clubs de L1 sont le montant des droits TV et la revente de joueurs formés ou post formés. Ces deux ressources sont difficilement contrôlables sur la durée et rendent les clubs dépendants. Pour Michel Seydoux, la véritable problématique du football (et à notre avis du sport français en général) est sa capacité à attirer des financements privés à la différence des Allemands, Anglais ou Américains.
La construction des nouveaux stades français n'est pas forcément la solution «miracle» tant attendue...
Pour répondre à cet enjeu central, le problème de la faible culture sportive française et probablement du rôle des pouvoirs publics sur ce sujet est également souligné. Le dirigeant lillois rappelle que trop peu de grands entrepreneurs et chefs d’entreprises françaises investissent dans les clubs. Il ajoute que la construction des nouveaux stades français n’est pas forcément la solution «miracle» tant attendue. Il rappelle d’ailleurs que dans son cas, le LOSC n’a pu générer qu’un million d'euros de valeur ajoutée économique depuis que son équipe joue dans le stade Pierre-Mauroy. Le modèle Partenariat Public Privé (PPP) pour la construction et surtout l’exploitation commerciale des stades de l’Euro 2016, mis à part celui de Lyon, entre dans la liste des facteurs bloquant aux stratégies de mutation des business modèles de clubs de Ligue 1.

Une réflexion globale sur le concept de fan est à mener

Michel Seydoux a très bien analysé les contraintes du football français et insiste sur le fait que les dirigeants doivent optimiser leur développement sous ses contraintes. Le principal enjeu a bien été identifié : attirer les partenaires et investisseurs privés ! Pour ce faire, une réflexion globale sur le concept de fan est à mener. La LFP a entamé un travail important sur les revenus issus de la billetterie et de l’expérience des fans. Mais, les fans les plus stratégiques pour un club ne sont-ils pas en premier lieu les décideurs d’entreprises acheteurs de prestations d’hospitalité, de sponsoring voire de potentiels actionnaires comme c’est le cas d’Adidas, d’Audi ou encore d’Allianz à Munich ?

Lionel Maltese
Lionel Maltese est Maître de Conférences au sein d'Aix Marseille Université et Professeur Associé au sein de Kedge Business School. Auteur d'une vingtaine d'articles scientifiques et ouvrages, ses domaines de compétences concernent le management stratégique (réputation management, business model) des organisations productrices de spectacles sportifs et le marketing événementiel sportif (activation du parrainage, hospitality management, fan relationship management). Proche collaborateur de Jean-François Caujolle depuis plus de 15 ans, il exerce une activité de conseil sur le circuit ATP/WTA (stratégie et business marketing). Site Internet : lionelmaltese.fr / Twitter : @lionelmaltese
Réagissez à cet article
500 caractères max