campos (luis) (A.Reau/L'Equipe)
Ligue 1 - Lille

Ligue 1, 7e journée, Lille-Monaco : Luis Campos, l'homme de l'ombre

Avant la rencontre entre Lille et Monaco, vendredi, un homme cristallise le virage opéré par les deux clubs : Luis Campos. Une figure floue dont les talents techniques et le réseau d'influence ont contribué à bâtir un modèle, désormais appliqué par plusieurs clubs.

Une figure subtile, volatile et insaisissable. Luis Campos s'active dans l'ombre, sans bruit et se trouve pourtant à l'origine de certains des coups d'éclat les plus retentissants du marché du football. En trois saisons, il est l'une des figures de l'essor du projet monégasque. On lui prête les venues de Bernardo Silva, Tiémoué Bakayoko, Benjamin Mendy, Djibril Sidibé, Gabriel Boschilia, Guido Carrillo, Kamil Glik, Thomas Lemar ou encore Fabinho. Certains sont partis, cet été, pour des sommes records. C'est simple, si Monaco a autant bousculé le marché des transferts, il le doit en grande partie à un homme dont la hiérarchie au sein du club est aussi indéterminable que l'aura dont il dispose vraiment.
 
Désormais, le Portugais de 53 ans oeuvre à Lille. Depuis octobre 2016, il est le conseiller de Gérard Lopez, quelques mois seulement après avoir quitté le Rocher. D'un extrême à l'autre, la finalité reste la même : dénicher les talents. Avec une méthode et une certaine idée du travail et de la liberté.

De "Luis la tombe" à l'homme de réseau

Luis Campos grandit à Fao, village de la côte atlantique portugaise, au nord de Porto. Septième d'une fratrie de neuf enfants, il est issu d'une famille d'enseignants, cultivée, là où le football n'est pas forcément une voie nécessaire pour se hisser socialement. Sans aptitudes particulières pour percer comme professionnel, Luis Campos quitte rapidement les terrains pour les bancs de l'université de Porto, où il obtiendra son diplôme à 21 ans. À la même époque qu'un certain José Mourinho, qui lui confiera la préparation athlétique de l'effectif du Sporting Club Espingo. Âgé de 27 ans, il se verra confier les rênes de l'Uniao Leiria en 1992 avant de connaître huit clubs en douze années.

De ces années sur le banc, beaucoup ne retiendront que la performance d'avoir fait tomber le FC Porto de José Mourinho, alors sur une série d'invincibilité de 31 matches. Un fait d'arme anecdotique. Au Portugal, il est rapidement surnommé "Luis Campas" (campa signifie tombe) du fait des trois descentes connues avec Setubal, Varzim et Beira-Mar. «C'était un entraîneur qui travaillait beaucoup les aspects technico-tactiques. Il aimait le football offensif, et utilisait déjà beaucoup la vidéo pour nous informer sur l'adversaire. Il avait des idées novatrices», confiait, à l'Express, Jorge Casquilha, qui l'a connu à Gil Vicente. Campos prend du recul avec la fonction d'entraîneur, se tourne vers la commercialisation d'équipements sportifs et de méthodes d'entraînement et commence à dénicher les talents, pour Porto notamment. Avant que José Mourinho ne le remette une nouvelle fois sur les rails. Les deux hommes ont noué une proximité depuis leurs années universitaires. En 2012, c'est tout naturellement qu'il se voit proposer un poste d'observateur pour le Real Madrid. Dans la cour des plus grands, Campos commence à tisser sa toile.
De gauche à droite : Marc Ingla, Marcelo Bielsa, Gérard Lopez et Luis Campos. (B.Papon/L'Equipe)
De gauche à droite : Marc Ingla, Marcelo Bielsa, Gérard Lopez et Luis Campos. (B.Papon/L'Equipe)

Partenaire particulier

«Bien sûr, il y a le travail de l'entraîneur, l'organisation tactique, le staff technique, la direction sportive, le département médical... Mais la chose la plus importante, ce sont les joueurs. C'est la base de la pyramide», confiait-il dans nos colonnes, en septembre 2016. Et l'homme sait très bien que pour débusquer les meilleurs joueurs, il faut être le premier sur le coup. Fort d'un réseau agrandi et d'une proximité avec l'influent agent de joueur Jorge Mendes, Campos accepte la sollicitation de Vasilyev. «De par son expérience d'entraîneur et sa compétence au niveau du football international, Luis est un lien important entre la direction et le staff», commentait le président russe de l'ASM au moment de sa venue. Et l'intéressé saisit rapidement la particularité du contexte monégasque. En l'absence de billetterie et de revenus marketing, Monaco va se construire sur des recrutements de joueurs à fort potentiel, qui seront développés et revendus pour maintenir le club a flot. La recette prend et au mercato 2014, le club perçoit 200 millions en indemnités de transfert.
«Dans le travail, mon niveau d'exigence est tel qu'il ne permet pas de zone de confort. À Monaco, j'ai imposé une mentalité de gagnant dans le vestiaire. J'ai même parfois été dur avec certains joueurs».
À l'image de la Principauté, Campos cultive ses secrets et travaille dans la discrétion. Il n'est pas des plus présents dans les locaux du stade Louis-II ou à La Turbie. Constamment en déplacement, il préfère se rendre lui-même au plus près des terrains pour observer les joueurs. «Quand je vais dans un stade, je paye ma place. Parce que, si les joueurs le savent, leur comportement peut changer», déclarait-il à L'Équipe le 7 février 2017. L'homme n'en perd pas pour autant ce rapport au terrain, entretenant une certaine proximité avec de nombreux joueurs. «Dans le travail, mon niveau d'exigence est tel qu'il ne permet pas de zone de confort. À Monaco, j'ai imposé une mentalité de gagnant dans le vestiaire. J'ai même parfois été dur avec certains joueurs», expliquait-il à France Football. Pour un acharné de travail comme lui, le football est bien loin d'un simple sport, voire d'un business. À l'instar de nombreux entraîneurs portugais formés au début des années 1990, il perçoit la discipline avec toute sa part de psychologie et de rapports humains.
 
De 2013 à 2016, l'homme a fait la pluie et le beau temps dans le recrutement monégasque. Une figure particulière tant ses aptitudes n'ont été que rarement définies. À Monaco, et malgré les millions rapportés, difficile de dire précisément quel a été son héritage entre son implication réelle ou l'utilisation d'un réseau conséquent. Conseiller sportif, directeur technique et enfin conseiller spécial de Vadim Vasilyev, il quittait le Rocher, à l'automne 2016, dans des circonstances floues. S'il se disait fatigué et las, beaucoup lui prêtaient une relation devenue compliquée avec le président monégasque et certains administrateurs du club. Désormais, il officie à Lille, dans un rôle officieux de conseiller sportif. Il poursuit néanmoins son intense activité de prospection. En témoigne l'effectif des Dogues, largement remanié et rajeuni depuis son arrivée. Campos n'apparaît pourtant aucunement dans l'organigramme du club nordiste. «Ma liberté n'a pas de prix», confiait-il. À la fois partout et nulle part, preuve du paradoxe Campos.
Mehdi Mahmoud

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