montanier (philippe) (MICHEL VINCENT/L'Equipe)
Angleterre

Philippe Montanier, nouvel entraîneur de Nottingham Forest : «Le Championship (D2 anglaise), peut-être une des divisions les plus difficiles d'Europe»

Environ six mois après avoir été éjecté de Rennes, Philippe Montanier s'est ressourcé, s'est reposé, et est reparti pour une nouvelle aventure, à Nottingham Forest, en D2 anglaise. Pour FF, il raconte son ambition et ses premiers pas dans ce club mythique.

«Après Boulogne, Valenciennes, la Real Sociedad et Rennes, vous voilà à Nottingham Forest. Découvrir l'Angleterre était-il une envie ?
Je suis vraiment content puisque comme beaucoup de joueurs et d'entraîneurs, j'avais envie de connaître ce Championnat-là. J'arrive dans une atmosphère particulière, dans un club mythique, il fait partie du groupe très privé des équipes à avoir remporté la C1 deux fois consécutivement (NDLR : en 1979 et 1980 ; le Real Madrid, Benfica, l'Inter Milan, l'Ajax Amsterdam, le Bayern Munich, Liverpool et l'AC Milan ont également réussi cette performance). Ça remonte à loin, mais on dit que les grands clubs ne meurent jamais. Il y a une belle légende ici.

Avez-vous tout de suite senti le poids de l'histoire de ce club ?
J'ai fait ma première conférence de presse entre les deux Coupes d'Europe des clubs champions ! J'avais suivi cette équipe-là, j'étais un fan de Peter Shilton, je me souviens de Trevor Francis, de John McGovern. Ça représente beaucoup pour moi.

«L'Angleterre et l'Espagne étaient mes priorités»

En début de mercato, on a vu votre nom circuler à Lens, à l'AEK Athènes. Qu'en était-il vraiment ?
Oui, j'ai eu des contacts avancés avec ces deux équipes. J'ai été très bien reçu, mais ça ne correspondait pas à mes attentes. Au contraire de Nottingham, même si c'est en Championship.

Quelles étaient vos attentes ?
L'Angleterre et l'Espagne étaient mes priorités. Après mon expérience à la Real Sociedad, un challenge à l'étranger m'attirait beaucoup.

Avez-vous eu des propositions en Ligue 1 ?
J'ai eu des contacts, mais on était beaucoup sur différentes short-lists.

Comment avez-vous fait pour convaincre les dirigeants de Nottingham ?
Je leur ai expliqué à quoi j'aspirais pour l'organisation de l'équipe, mes méthodes de travail, l'orientation du recrutement et la composition du staff. J'arrive ici avec Serge Romano, qui sera mon entraîneur-adjoint, et Fabien Bossuet, notre préparateur athlétique. J'ai mis tout ça en avant. J'ai commencé lundi 27 juin. Contrairement en France ou en Espagne, il n'y a pas de presse, ni de supporters à l'entraînement, on se sent très tranquille. Ils ont un stade à l'anglaise, ça n'a pas bougé depuis les années 80, ça a toujours ce charme. Mais j'ai surtout trouvé un club très familial, ce n'est pas la grosse usine, mais c'est un club à dimension humaine où tout le monde se connait.
«En anglais, je ne suis pas parfaitement bon, mais je me débrouille plutôt bien»
Entraîner en D2 n'était pas rédhibitoire pour vous ?
Le Championship reste un Championnat extrêmement relevé, avec de grosses écuries comme Newcastle, Norwich, Aston Villa et d'autres grands noms comme Sheffield Wednesday. Ça ne me dérangeait pas du tout d'aller dans cette division. L'Angleterre était une réelle envie, et ce, depuis que je suis joueur. On est tous un peu attirés là où est né le football.

C'est aussi un Championnat qui compte vingt-quatre équipes. Prêt pour le marathon ?
Oh ouais. On commence avec six matches en août, c'est peut-être une des divisions les plus difficiles d'Europe.

Vous avez fait votre première conférence de presse face aux médias. Visiblement, vous vous débrouillez très bien avec la langue de Shakespeare !
Je ne suis pas parfaitement bon, mais je me débrouille plutôt bien. Et en me remémorant mon expérience en Espagne, je sais que ça va aller de mieux en mieux avec la langue.
Allez-vous faire venir des joueurs français ?
Pour le moment, nous avons un effectif réduit de quinze ou seize joueurs. On a donc besoin de sept ou huit nouveaux joueurs. Il pourrait y avoir des Français, mais c'est plus la qualité que la nationalité que nous allons rechercher.

Connaissiez-vous quelques noms qui font partie de l'effectif actuel ?
Comme j'avais eu des contacts il y a déjà plusieurs semaines, j'ai pu commencer à éplucher certaines vidéos. Il y a des joueurs de qualité, l'équipe a terminé seizième l'an dernier, il y a donc beaucoup de travail. Il y avait entre trente et quarante points par rapport au premier (NDLR : 38 exactement ; 55 points pour Nottingham, 93 pour Burnley)...
Philippe Montanier aux côtés de René Ruello, président de Rennes, avant la rupture. (MICHEL VINCENT/L'Equipe)
Philippe Montanier aux côtés de René Ruello, président de Rennes, avant la rupture. (MICHEL VINCENT/L'Equipe)
«Le Français ne s'exporte pas si bien que ça ? Peut-être y a-t-il un problème de langue...»
Justement, quels objectifs vous ont été fixés par vos dirigeants ?
C'est de ramener Nottingham en Premier League. Si on peut le faire dès la première saison...Même s'il y a de grosses écuries. Il faudrait à tout prix pouvoir monter dans les deux ans.

Y a-t-il des choses qui vont changer dans votre façon de manager par rapport à la France ?
Il paraît que les managers à l'anglaise sont plus managers qu'entraîneurs. Chaque pays a ses spécificités, je vais découvrir. Mais je pense que si on est recruté par des clubs étrangers, c'est aussi pour amener ce qu'on sait faire, notre méthodologie.

Diriez-vous que les Français ont une meilleure cote à l'étranger qu'en France ?
Je ne pense pas. On n'est pas si nombreux que ça à aller ailleurs. En Angleterre, ce n'est pas simple, il y a plus d'Espagnols, de Portugais, de Sud-Américains. Le Français ne s'exporte pas si bien que ça. Peut-être y a-t-il un problème de langue...

Avec Claude Puel, vous serez les porte-drapeaux du coaching made in France...
Exactement, j'étais très content de voir qu'il avait rejoint Southampton. On va essayer de porter nos équipes avec un petit drapeau français dans un coin !

Reprendre un banc dès cet été était une nécessité absolue ?
Non, je ne le voulais pas à tout prix. C'était à certaines conditions. S'il avait fallu rester à observer, à patienter, j'aurais pu le faire, je n'étais pas si pressé que ça. La qualité du projet de Nottingham m'a décidé.

«Rennes, non, ce n'était pas traumatisant»

Avez-vous été marqué mentalement par la rupture brutale de Rennes en janvier dernier ?
Non, quand je suis parti, on était sixièmes à trois points du podium, quatrième attaque, et avec quatre matches perdus (NDLR : dont il faut ajouter les éliminations dans les deux Coupes) sur vingt-et-un. Finalement, à l'arrivée, Rennes a terminé huitième, à treize points du podium. Avec sept (NDLR : huit exactement) matches perdus sur dix-sept, donc je n'ai pas l'impression d'avoir eu un bilan si négatif. Donc non, ce n'était pas traumatisant. Ça peut l'être si vous laissez l'équipe en difficulté, en position de relégable.

Sauf que là vous êtes écarté alors que tout va bien, ou presque...
Le football est ainsi fait. Même quand on a des résultats, il y a d'autres paramètres qui entrent en compte. Mais ça m'a permis de souffler, ça faisait plus de douze ans que j'enchaînais les saisons. On se ressource, on fait du sport, on voyage, on voit la famille, j'ai été consultant pour France Info pendant l'Euro 2016, c'était une superbe expérience, je remercie d'ailleurs Jacques Vendroux. J'ai vraiment apprécié de faire ça. On préfère toujours travailler dans notre passion, mais quand vous n'y êtes pas, il faut en profiter pour souffler, pour se ressourcer, voir d'autres choses, réfléchir.

Avez-vous recroisé Rolland Courbis, celui qui a pris votre place, depuis janvier dernier ?
Non.

Aimeriez-vous discuter de nouveau avec lui ?
Pas du tout.»
Timothé Crépin
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lyroyderache 12 juil. à 17:33

Oui bon, c'est surtout au niveau du salaire hein..

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