Économie

Quelles compétences stratégiques pour les dirigeants du football ?

Sport, business et politique : voici les trois domaines majeurs à maîtriser lorsque vous dirigez un club de football. Ce qui est quasi impossible à intégrer pour un seul homme.

L’économie du sport business est une affaire de gestion des ressources et des compétences au sein des clubs ou de grands événements. La grande difficulté pour les dirigeants est de pouvoir maîtriser et manager certaines ressources ou compétences : stades, droits médias ou commerciaux, réputation, talents sportifs ou encore centres de formation. Parmi les compétences stratégiques nécessaires aux dirigeants des clubs, de fédérations ou de grands événements, il est possible de faire ressortir trois grandes catégories : sportives, business et politiques.

A chacun sa culture sportive

Les compétences sportives correspondent aux aptitudes des décideurs à attirer des recruteurs, des formateurs ou des managers d’athlètes. Certains clubs comme Porto ont fait du «scoutisme» une culture, d’autres sont des clubs plus formateurs comme Lyon en ayant su construire un centre de formation à forte valeur ajoutée sportive et économique. Les clubs italiens ont su attirer et former de grands managers : Carlo Ancelotti, Fabio Capello, Marcello Lippi…
 
L’exemple type reste Manchester United avec Sir Alex Fergusson. Il est difficile pour un dirigeant de posséder lui-même ces compétences sportives. Le Bayern Munich a souvent été présidé par d’anciens très grands joueurs à l’image de Franz Beckenbauer ou encore de Uli Hoeness. Le club bavarois continue à intégrer d’anciens joueurs au comité directeur : Karl-Heinz Rummenigge (président du conseil exécutif) ou encore Matthias Sammer (membre du conseil exécutif).

Le Bayern est un modèle

Les compétences business reflètent l’aptitude des dirigeants à construire des écosystèmes d’affaires et des business modèles durables. Encore une fois, le Bayern Munich est un exemple de réussite économique. Il est intéressant de noter qu’au sein de sa gouvernance, le Bayern compte parmi les membres de son conseil de surveillance les présidents de Deutsche Telekom, d’Adidas, d’UniCredit ou encore de Volkswagen.
 
En Angleterre, Richard Scudamore (président exécutif de la Premier League) est reconnu comme l’un des dirigeants de référence pour sa vision stratégique et ses résultats financiers. En France, Jean-Michel Aulas est un président – homme d’affaires reconnu pour ses compétences business. Le PSG a su attirer Jean-Claude Blanc pour prendre la direction générale et la partie business du club.

Vincent Labrune, lobbyeur de talent mais...

Les compétences politiques concernent les capacités de lobbying des dirigeants au sein des instances et plus généralement auprès des parties prenantes de leur club ou institutions (agents, partenaires, médias, collectivités, associations de supporters…). Avant les récentes affaires FIFA, Michel Platini a souvent été reconnu pour ses compétences politiques au sein de l’UEFA. Jean-Michel Aulas a là aussi été performant auprès des instances françaises ou encore pour la construction du Parc OL.
 
La compétence première de Vincent Labrune est certainement celle d’un lobbyeur de talent dans le milieu des médias et du show-business puis du football. En très peu de temps, il a su se créer un réseau relationnel important avec de nombreux dirigeants et agents et surtout auprès de l’actionnaire principal de l’OM. Les compétences de lobbies de l’actuel président olympien ne lui ont pourtant pas encore permis de marquer les esprits en termes de résultats sportifs ou économiques différenciateurs ou en ce qui concerne le dossier «politique» du stade Vélodrome. Le duo Caïazzo – Romeyer au sein de l’AS Saint-Etienne a su se développer une compétence politique à valeur ajoutée pour leur club depuis quelques années.

Magic Johnson, Jean-Claude Killy, des exemples à suivre

En résumé, le dirigeant parfait doit posséder les trois compétences sportive, business et politique, ce qui est quasi impossible à intégrer pour un seul homme. Rares sont les anciens sportifs s’étant reconvertis dans le secteur du sport business et ayant su cumuler une expertise à la fois sportive et économique. Aux USA, Magic Johnson a su le faire. En France, l’ancien mentor de Jean-Claude Blanc, Jean-Claude Killy, est un cas d’exception. Rares sont aussi les hommes d’affaires capables de développer une compétence individuelle sportive sans avoir la légitimité d’un passé d’ancien athlète ou d’entraîneur.
 
En réalité, la compétence clé de tout grand dirigeant est de savoir s’entourer de compétences complémentaires nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie sportive, économique et politique. Les clubs ou institutions doivent aussi penser aux stratégies de reconversion d’athlètes pour des postes de dirigeants au sein des sphères sportives et politiques voire business. Dans le milieu du tennis, les Anglais et les Australiens ont su le faire avec Richard Lewis à Wimbledon et le sud-africain Craig Tiley au sein de l’Australian Open. Dans le cadre la candidature de Paris aux JO 2024, la France a misé sur un trio de dirigeants complémentaires avec Bernard Lapasset sur l’axe politique, Etienne Thobois pour la partie business et Tony Estanguet pour le sportif.
 
Lionel Maltese
Maitre de Conférences Aix Marseille Université
Professeur Associé Kedge Business School
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