Championnat des étoiles
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Alexy Bosetti, joueur du Puy-en-Velay. (V. Jolfre/PHOTOPQR/L’EVEIL/MAXPPP)
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Alexy Bosetti (Le Puy) : «Les clubs se sont dits que j'étais cramé...»

Revenu en France l'été dernier pour tenter de faire remonter le Puy en National, Alexy Bosetti vit mal l'arrêt du Championnat de N2, mais compte sur le huitième de finale de Coupe de France face à Rumilly pour retrouver la lumière. L'ancien attaquant niçois se livre sur cette épopée, cette saison très particulière et ses ambitions.

Une saison sous cloche

«On n'a pas joué de match officiel depuis un mois, donc c'est vrai que c'est une préparation un peu bizarre, dans une saison qui l'est tout autant. Avec les différentes coupures depuis fin octobre, même si on n'a jamais arrêté de s'entraîner, niveau motivation, sérieux, c'était impossible de garder tout le groupe sous pression. On a réussi à se remettre dedans grâce à la Coupe, on espère que ça va durer le plus longtemps possible parce qu'une fois que notre parcours sera terminé, on va certainement s'arrêter. C'est compliqué à vivre. Non seulement il n'y a pas de public, mais on ne peut même pas jouer notre Championnat !»

L'arrêt (pas encore définitif) du National 2

«Les instances sont en train de nous prendre un peu pour des cons, on a compris le manège... Il ne faut pas fausser le National (dont les relégations devraient être annulées, ndlr), que les équipes du bas ne lâchent pas tout de suite... Mentalement, c'est compliqué à gérer. Comme tout le monde, je n'avais jamais connu ça. Mentalement il faut rester dedans, se fixer des objectifs, nous on a la Coupe donc c'est plus facile, mais quand je pense à des équipes qui s'entraînent depuis novembre sans aucun match, ni objectif... Ça doit être très très compliqué. On a la chance de pouvoir espérer aller plus loin, on veut être la dernière équipe de N2 à s'arrêter. On a vraiment la dalle. On ne sait jamais, ce serait incroyable d'aller plus loin encore, mais il ne faut pas s'enflammer parce qu'on a éliminé Lorient. On doit rester très sérieux parce que Rumilly est une très belle équipe.»

Voir : 
- La fiche d'Alexy Bosetti
- Le programme des huitièmes de finale de la Coupe de France 

Quand élimination rimera avec fin de saison

«C'est comme des play-offs, tu perds t'es en vacances. J'ai connu ça aux États-Unis, et c'est excitant ! Et puis la Coupe est une vitrine pour le club, si on arrive à être le Petit Poucet on va être observé de près. La Coupe de France, c'est le rêve de notre président, donc on a envie de l'emmener le plus loin possible. Il rêve aussi de jouer le PSG, moi un peu moins... Physiquement ça peut être compliqué ! Ça ne s'est pas ressenti pour Canet contre l'OM ? Oui mais Marseille, c'est pas le PSG. (rires) Quand ce beau parcours sera fini... Eh bien on ira en vacances et on préparera la saison prochaine ! À la limite on attend tous ça : être fixés ! Qu'on puisse passer à autre chose.»

Son expérience en N2

«Je voulais repartir sur un nouveau cycle en France, et je suis tombé dans un club super, avec des coéquipiers qui sont devenus des amis, en plus de Kévin Perrot dont j'étais déjà proche. On se voit tout le temps en dehors, on avait vraiment envie de faire remonter le club au plus vite... Ce qui me dégoûte, c'est qu'on va peut-être se disperser à la fin de la saison. Ne pas pouvoir jouer, ça crée une énorme frustration. Parce que le N2, il ne faut y rester qu'un an, sinon on risque d'avoir l'étiquette de joueur de N2. J'ai été approché cet hiver par un club suisse, deux clubs de L2, plusieurs clubs de National qui m'avaient snobé l'été dernier... Et j'ai refusé parce qu'on pensait reprendre ! Quand je suis rentré en France, les clubs se sont dits que j'étais cramé, j'ai pu montrer que ce n'était pas le cas (il a inscrit 6 buts en 6 matches de Championnat, ndlr). Si on avait la chance de monter, la question de mon avenir ne se poserait certainement pas. Mais en restant en N2, on n'est pas à l'abri d'un nouvel arrêt de plusieurs mois, et je ne suis pas sûr de pouvoir prendre ce risque. C'est lassant parce que j'ai envie de jouer, d'enchaîner les matches. J'ai bientôt 28 ans, si je ne joue pas maintenant... Ça me rend fou !»

Ses ambitions

«J'ai la chance d'être meilleur buteur du Championnat, les stats parlent pour moi mais ça va être compliqué de trouver quelque chose de vraiment... (il marque une pause) Et puis après tout je suis encore sous contrat un an, et je me sens bien ici avec le club et le staff. J'ai eu l'opportunité de partir cet hiver et je ne suis pas parti, donc ce ne serait pas un problème de rester à nouveau. Mais avec le risque d'une nouvelle coupure, si j'ai l'opportunité d'aller plus haut, j'y réfléchirai beaucoup plus. Si je pars, ce n'est pas pour aller n'importe où non plus ! En National, il y a 6-7 clubs qui peuvent m'intéresser, pas plus. Si je vais en National, c'est pour jouer la montée en L2, sinon ça ne m'intéresse pas. Soit je viens dans un club qui me veut vraiment, qui construit un projet autour de moi, soit je reste ici car je sais que le club compte sur moi, me met en valeur. C'est dommage, frustrant de ne pas avoir pu aller au bout de cette saison, mais ça ne me dérangerait pas de faire une année de plus ici si on me garantit de jouer tous les matches sans coupure. Ce n'est pas la division qui me dérange, mais le fait de risquer un nouvel arrêt en pleine saison.»

L'impact de ses expériences à l'étranger

«Je ne pense pas être devenu un joueur vraiment différent, j'ai plus de maturité et d'expérience, mais mon style est le même : être présent dans la surface, marquer des buts... Je n'ai pas forcément évolué dans mon approche du jeu, ce qui a changé c'est que je parle anglais, mais au Puy ça ne me sert pas trop (rires). La Norvège (un prêt à Sarpsborg en 2016, ndlr) n'était pas une bonne expérience, je n'y ai passé que trois mois en plein hiver, on ne sortait pas, les seules personnes que j'ai rencontrées, c'était des Niçois... C'était différent aux États-Unis (Oklahoma City puis El Paso, entre janvier 2019 et juin 2020, ndlr). On ne se rend pas compte, mais les moyens financiers sont incroyables là-bas, et ils sont très demandeurs. En dehors du terrain, c'est du top niveau européen ! Le nombre de personnes dans les staffs, c'est affolant. Tu finis un exercice, tu n'as même pas le temps d'aller chercher ta bouteille que quelqu'un te l'a apportée. Et encore, moi j'étais en D2 dans un club d'expansion, qui démarrait tout juste. Quand j'avais eu l'occasion de m'entraîner avec Red Bull une semaine en 2017, je me demandais où j'étais tombé, un joueur moyen qui bénéficiait des installations du Real Madrid ! Aujourd'hui avec la pandémie, je ne me vois pas repartir tout de suite. Mais dans trois, quatre ans, complètement, parce que je me plaisais vraiment beaucoup là-bas, même si les premiers mois étaient un peu compliqués le temps de parler correctement anglais. La vie aux États-Unis, ça m'a vraiment fait kiffer.»

Un retour forcé

«Je suis rentré l'été dernier à cause du Covid, le protocole de reprise était beaucoup trop lourd. Ça ne correspondait pas aux raisons pour lesquelles j'étais parti. J'y étais allé aussi pour la vie, et là les écoles étaient fermées donc ma fille n'allait plus à l'école... Ça ne m'intéressait plus. Une semaine avant la reprise, on s'est donc mis d'accord pour que je puisse rentrer, et ne pas rater la fenêtre de transferts en France. On s'est quittés comme ça, le club a été très correct, il a tout pris en charge, du loyer aux bagages... Le coach (Mark Lowry) m'a même laissé sa carte pour qu'on réserve les billets d'avion... D'ailleurs lui, c'est vraiment un crack, il peut intéresser pas mal de clubs ! C'est un des meilleurs entraîneurs que j'ai connus. Je suis convaincu qu'il a un grand avenir aux États-Unis, mais aussi en Europe. Je serais directeur sportif dans un club de L1, je me pencherais sur son cas. Il a des idées incroyables, je me suis régalé pendant un an. Déjà, on était obligé de regarder tous les matches de Liverpool, on les étudiait non-stop en vidéo, et il faisait même faire des exercices à la maison : “On est Liverpool, on joue Dortmund, on a gagné 1-0 à l'aller, vous alignez quel onze, vous jouez comment ?” Un truc de fou. J'ai connu Claude Puel, Lucien Favre, Marco Simone, mais il m'a vraiment marqué.»
 

Son image

«Un espoir déchu ? Franchement, si j'étais arrivé dans l'équipe de Nice d'il y a 15 ans, j'y aurais été titulaire toute ma carrière. Mais pour ma première saison, on finit quatrième de Ligue 1, quand je reviens de prêt on joue la C3, j'ai Balotelli ou Belhanda devant moi... C'est devenu compliqué. Et puis j'ai cette étiquette de Niçois, j'aurais pu signer ailleurs en L1 mais c'était dur... J'ai discuté quelques fois avec Nantes notamment, mais ce n'était pas possible pour moi de signer là-bas, même si ç'aurait pu m'intéresser sportivement. Ma fidélité et ma loyauté envers Nice ont rendu certaines choses impossibles, mais il n'y a pas de problème, je suis très heureux comme ça. Quand je rentre à Nice, je me regarde dans une glace, je marche la tête haute (rires).»
 
Propos recueillis par Cédric Chapuis
 
À lire dans France Football cette semaine, disponible en kiosque ou en version numérique, un dossier sur les clubs amateurs encore en lice en Coupe de France : «La magie avant l'oubli».
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