Le calendrier de la Coupe de France risque d'être très chargé au printemps, si la compétition peut se dérouler. (R. Martin/L'Équipe)

Débat : Cette édition 2020-21 de la Coupe de France a-t-elle un intérêt ?

Crise sanitaire, usure des esprits et des corps, enchaînement des matches, format spécial... La Coupe de France version 2020-21 restera dans les annales. Pour le pire ou le meilleur. Deux de nos journalistes ne sont pas d'accord.

OUI

La plus belle des compétitions
Retoquée, retapée, remixée, rebootée, remaniée et tout ce que vous voudrez. La Coupe de France restera toujours la plus belle des compétitions. Quoiqu’il en soit. Que les pisse-vinaigres regardent la Ligue des champions, le Barça pour Messi, la Juve pour Ronaldo et continuent de se tripoter sur l’écœurante Superligue en gestation. Qu’ils se gaussent des clubs de moindre standing et de la désuétude de ce trophée historique. Peu importe. La Coupe de France offre une confrontation sans filets. Face-à-face. Onze contre onze. Pas d’aller-retour, de coefficients, de groupes, de goal average particulier. Tout le monde peut passer à la trappe sur une rencontre. Le socle de son histoire plus que centenaire et des épopées ne se défigurera pas avec le temps. Même en pleine pandémie et sans spectateurs. La Coupe de France est éternelle.
 
La part-belle aux amateurs
En cette période de torpeur et de désorganisation totale pour les "petits", la Fédération Française de Football a tranché en faveur de ceux qui font l’histoire de la Coupe de France. Une voie des amateurs d’un côté, une des professionnels de l’autre. Mixez le tout et vous obtiendrez des seizièmes de finale où les petites équipes auront la chance de leur vie de ferrailler face à de grosses escouades. Souvent pour un grand souvenir qui restera à jamais gravé pour ces hommes et ces joueurs émérites. Ajoutez à cela la fin des prolongations, usantes et forcément pénalisantes pour les amateurs, et vous obtenez une édition 2020-21 plus qu’excitante avec une chance grande de voir des surprises nous tomber sur la tronche à chaque tour…
 
Du foot en clair
L’épisode Mediapro/Téléfoot nous a rappelés à quel point le football était une denrée précieuse à la télévision. Trop rares les occasions de pouvoir profiter tranquillement d’une rencontre en clair. La Coupe de France reste toujours la coupe des Français. Réjouissons-nous que des matches de football puissent encore être diffusés sur le service public. Un répit, enfin, au milieu de tous ces abonnements qui coûtent les yeux de la tête. La plus vieille des compétitions françaises reste un rendez-vous incontournable de la saison et ouvre beaucoup de perspectives à ceux qui ne peuvent suivre que trop rarement leur équipe à la télé.

J.T.

NON

Un esprit, quel esprit ?
La Coupe de France, ce sont des clubs amateurs qui s'arrachent du premier au septième tours pour obtenir le rêve de se frotter à des professionnels. La Coupe de France, ce sont bien plus que onze joueurs sur un terrain pour les "petits" : ce sont des structures complètes, des bénévoles, des partenaires, des membres du staff et des supporters qui vibrent avec ce foot d'en bas. Faire jouer l'une des compétitions les plus populaires tous sports confondus sans public, avec un nombre limité de personnes présentes les jours de match, cela ne ressemble plus vraiment à cette compétition de passionnés, de ceux qui ont le foot au cœur. Ajoutez à cela bien sûr un système à deux voies, celle des pros et celle des amateurs, qui rend quasiment impossible pour des tout petits d'imaginer affronter un gros, un protocole de reprise lancé à la va-vite, sur fond de couvre-feu à 18 heures, avec certaines équipes qui ont dû être prêtes en dix jours après parfois deux mois d'arrêt complet, et vous comprenez bien à quel point l'intérêt de disputer cette Coupe de France est minime.
 
Hypocrisie pour le foot amateur, surcharge pour les pros
On le sait, la pandémie de Covid-19 a bousculé également le football. A commencer par son calendrier, très serré pour les équipes professionnelles et notamment celles qui figurent sur différents tableaux. Des cadences infernales pour tout faire rentrer dans le calendrier : était-on vraiment obligé d'alourdir encore plus la note ? La santé des joueurs a-t-elle vraiment été abordée dans cette histoire ? Quand, d'un autre côté, et comme expliqué ci-dessus, vous poussez certaines équipes amateurs à reprendre très vite pour disputer la Coupe de France... mais vous interdisez toujours la tenue des différents Championnats à partir de la N2. On pourrait donc organiser des tours de Coupe, mais pas des journées de Championnat ?
 
Rendez-nous la prolongation !
Et pour s'adapter, la FFF a donc choisi de nous supprimer la prolongation en cas de match nul à la fin du temps additionnel. Sauf pour la finale. Cette double période de quinze minutes, c'est justement en quelque sorte l'essence même de la Coupe. C'est souvent là que les plus grands exploits se construisent. C'est là que les équipes professionnelles commencent à trembler. C'est là que les crampes de nos footballeurs du dimanche sont vaincues par l'envie décuplée d'aller chercher l'impossible avec un public qui pousse. On parie qu'il n'y aura pas un seul exploit à partir des seizièmes de finale ?

T.C.