Championnat des étoiles
s'abonner
Foto IPP/Cavaliere Emiliano.  Roma 06/01/2021.  Calcio Campionato Serie A 2020-2021.  Lazio - Fiorentina.  Nella foto: Luis Alberto. Italy Photo Press - World Copyright *** Local Caption *** (Cavaliere Emiliano/IPP/PRESSE/PRESSE SPORTS)
Ligue des Champions - Lazio Rome

Luis Alberto (Lazio Rome) : «La tête, c'est 80 % du footballeur»

Biberonné au foot andalou et à une certaine idée du beau jeu, le milieu offensif espagnol fait désormais le bonheur de la Lazio. Entretien découverte.

«Si on vous dit Andalousie, à quoi vous pensez  ?
C'est là où j'ai grandi (NDLR : il est né à San José del Valle, localité nichée entre Séville, Cadix et Malaga), et c'est un endroit qui, pour toujours, va me manquer. C'est ma première terre, mes origines, un lieu d'où viennent beaucoup d'artistes. C'est forcément spécial pour moi.
 
Pensez-vous que les footballeurs d'Andalousie possèdent eux aussi cette fibre artistique ?
C'est une région où il y a une philosophie du beau jeu. Il suffit de regarder les noms des joueurs andalous les plus connus, José Antonio Reyes, Jésus Navas, Joaquin, Isco... pour comprendre et remarquer quel type de football on pratique en Andalousie. En tant que joueur, c'est une belle chose que le football aille dans ce sens. On grandit avec une idée du jeu léché. (Il sourit.) C'est un idéal.

Voir : Le programme TV de la C1 cette semaine

«Dans mon village, il n'y avait pas d'école de football»

Que gardez-vous du football de votre enfance ?
Uniquement de beaux souvenirs. C'est un football où l'on s'amuse bien plus que lorsque l'on devient pro, les années où tout cela n'est qu'un jeu, où l'unique intérêt reste de prendre du plaisir avec ses copains. Avec tout ce qui va autour, ne serait-ce que le chemin de l'entraînement entre amis. Ce sont de bons moments. On est encore loin de la compétition et des enjeux professionnels. Ce sont des personnes que j'ai gardées dans ma vie. On est toujours en contact, et c'est toujours sympa de se ressasser nos vieux souvenirs d'il y a seize ou dix-sept ans. Les terrains l'où on jouait, où l'on rigolait...

Racontez-nous.
Au début, quand j'étais tout petit, je jouais souvent seul au ballon. J'ai eu la chance d'avoir quelqu'un qui m'a vu et qui a parlé à ma maman pour, qu'ensuite, j'intègre une équipe locale. Dans mon village, il n'y avait pas d'école de football à ce moment-là, alors cette personne m'a aidé. Je suis allé à Jerez, à une trentaine de kilomètres de chez moi. J'avais 8 ans. Ils m'ont donné un ballon pour que je fasse quelques actions. J'étais habitué, à force de jouer tout seul toute la journée devant la petite boutique où travaillait ma maman ! (Rire.) C'est comme cela que tout a commencé.
«Numéro 10, c'est là où toute l'élégance du football peut s'exprimer et se montrer.»
Vous êtes un joueur assez élégant. Comment est-ce possible de développer ce côté esthétique ?
C'est vrai que tout le monde me voit comme cela. Je crois que c'est un petit don qui, grâce à Dieu, m'a toujours accompagné. J'ai dû naître avec un peu de ça, et avec un style qui, en tant que spectateur, m'a toujours fait apprécier le football. Celui de joueurs comme Juan Carlos Valeron (légende du Deportivo La Corogne au début des années 2000), Zinédine Zidane... Je pense que la position dans laquelle ces joueurs évoluent, qui est aussi la mienne, numéro 10, c'est là où toute l'élégance du football peut s'exprimer et se montrer. Il faut avoir de l'espace et du temps. Ce n'est pas toujours simple. C'est même difficile ! C'est pour cela que c'est toujours le même type de joueur qui prend ce rôle de meneur de jeu.

C'est-à-dire ?
C'est particulier. On nous demande de nous extirper de la densité, de trouver des choses et des espaces que d'autres ne peuvent pas faire ou même voir. Notre rôle, c'est d'obtenir deux petites secondes d'avance pour créer une situation et tromper la lecture de l'adversaire. Le plus important, c'est ce temps d'anticipation pour trouver un déséquilibre dans l'équipe adverse et en profiter. Ensuite, c'est une question de choix : avancer, passer, orienter... C'est ce qu'il y a de plus compliqué dans ce rôle de numéro 10.

À vous écouter, c'est surtout et avant tout une histoire de réflexion et d'intelligence.
En tant que meneur de jeu, on joue plus avec la tête qu'avec les pieds. Pour une raison très simple, déjà : on est très souvent moins rapides que les autres. C'est aussi une question d'œil et de prise d'information.

«J'ai énormément appris de Xavi et Iniesta»

C'est quelque chose de naturel ?
Il y a une part naturelle et d'intuition. Mais, là-dessus, j'ai énormément appris de la belle époque de Xavi Hernandez et d'Andrés Iniesta au Barça et avec l'Espagne. Bien avant d'avoir le ballon, ils avaient analysé et vu les espaces. C'est quelque chose de primordial. Je bouge énormément la tête sur un terrain. (Il mime le geste de droite à gauche.) On doit avoir une vision globale de tous les côtés, être capable d'avoir lu la situation et d'avoir regardé à 180 degrés. C'est ça qui nous fait gagner la seconde et demie dont on a besoin pour, ensuite, offrir la meilleure action.

Miralem Pjanic dit : "Il faut être rapide de la tête."
C'est certain que pour jouer sur un terrain, et surtout au rythme que le football de haut niveau exige, il faut être rapide dans sa réflexion. Et surtout, toujours être actif pour emmagasiner toutes les données qui nous entourent. À la fois celles qui sont propres à l'adversaire, mais aussi à notre équipe. C'est à cet instant-là que l'on décide de notre action : la passe, courte ou longue, le dribble...
«Riquelme, c'était un 10. Zidane, c'était un 10. Ce numéro 10 typique se perd un peu, mais il y en a encore énormément. Il est juste différent.»
On a l'impression qu'aujourd'hui, numéro 10, c'est un peu un poste à l'ancienne.
Avant, le football était très marqué en fonction de la position à laquelle vous jouiez. Riquelme, c'était un 10. Zidane, c'était un 10. Ce numéro 10 typique se perd un peu, mais il y en a encore énormément. Il est juste différent, avec des rôles de "media punta" par exemple (un numéro 10 offensif). Je me considère comme un numéro 10 de ce type. Le plus pur des numéros 10 dans cette catégorie-là, c'était Guti (milieu espagnol qui a joué au Real Madrid de 1996 à 2010). Et aujourd'hui, un joueur comme Paulo Dybala reste dans ce profil, même s'il est encore plus avancé que moi sur le terrain, peut-être de vingt ou vingt-cinq mètres. Tout le monde dit que ce numéro représente une responsabilité particulière, mais finalement, tu ne joues pas pour un numéro. Tu le fais pour t'amuser, pour qu'on se souvienne de toi et pour pratiquer un beau football. Tout simplement.

Vous utilisez toutes les surfaces du pied. C'est essentiel dans votre position ?
J'essaye avant tout d'utiliser celle qui se prête le mieux à la situation dans laquelle je me trouve. Celle qui va me permettre de réaliser le bon geste au bon moment et dans le bon timing. Après, je ne vais pas mentir... (Il sourit.) Il y a des moments où tu tentes un geste qui te plaît et qui va enchanter le public. Pourtant, il faut garder en tête qu'il faut choisir le risque minimum pour ne pas perdre le ballon, même si ça reste quelque chose qui offre plus d'options. Ça permet d'avoir plus de liberté pour réaliser ce que le jeu impose et trouver des zones différentes. Avec ce côté élégant en bonus. Malheureusement, dans un match, souvent, on n'a pas le ballon plus de deux minutes au total... Mais on garde tout de même l'impression de l'avoir un peu plus.

Pourquoi ?
Si ton équipe joue un beau football, notamment, tu es toujours en attente de recevoir la balle. Quand tu joues au milieu, le contact avec le ballon est toujours présent, avec l'objectif de dominer la balle et de l'utiliser du mieux que tu peux. Le supporter a toujours l'œil sur celui qui porte le ballon, et ça renvoie une impression différente. De l'extérieur, elle sera toujours plus importante qu'en réalité. De deux minutes, on peut vite se dire qu'un joueur l'a eu pendant dix minutes...
Luis Alberto, époque Liverpool. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
Luis Alberto, époque Liverpool. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)

«Sans football, pas de vie»

Comment définiriez-vous votre relation au football ?
Ah... C'est comme ma vie, je crois. Il m'a toujours suivi. C'est un rêve que j'ai depuis que je suis né ou presque. Et j'ai pu accomplir ce rêve. Je dirais même "sans football, pas de vie", car sur un terrain, tout me plaît. Que cela se passe bien ou non, c'est toujours bien  ! (Rire.) J'aime m'habiller en footballeur, j'aime les sensations au moment de sortir du tunnel des vestiaires, j'aime la musique d'un stade...

Comment expliquez-vous votre explosion sur le tard, vous qui êtes passé par le Barça et Liverpool sans parvenir à vous y imposer  ?
Je crois que c'est un peu de ma faute. Je n'ai pas fait tout le nécessaire pour être à mon niveau actuel en termes de travail et de concentration. Ce que j'aurais dû faire à 20 ans, j'ai été capable de le faire seulement à 25. C'est dommage, j'ai perdu quelques années. Maintenant, à 27 ans, j'essaye d'en profiter au maximum et je pense qu'il me reste encore beaucoup de temps pour continuer à prendre du plaisir. J'ai quitté l'Espagne rapidement (à 20 ans), et surtout un contexte, celui du Barça B (2012-13). À Liverpool (de 2013 à 2016, avec deux prêts à Malaga et au Deportivo La Corogne), je me suis bien adapté, mais ça s'est fait petit à petit. J'ai fini par atteindre un bon niveau, avec la possibilité de jouer un petit peu (9 apparitions en Premier League durant la saison 2013-14). Malheureusement, on n'a pas eu la chance de remporter la Premier League... (le fameux épisode de la glissade de Steven Gerrard, le 27 avril 2014, devant Demba Ba, qui permit à Chelsea de battre Liverpool et d'offrir le titre à Manchester City alors que les Reds étaient idéalement placés pour gagner le Championnat.)
«J'aime m'habiller en footballeur, j'aime les sensations au moment de sortir du tunnel des vestiaires, j'aime la musique d'un stade...»
Une personne est importante dans votre parcours : votre préparateur mental, Juan Campillo.
C'est quelqu'un qui m'a énormément aidé, surtout dans les quelques moments noirs que j'ai pu vivre dans ma carrière. Il m'a accompagné, avec ma famille et mes amis. J'avais besoin d'aide. Dès le premier jour, il m'a fixé deux objectifs : travailler et éviter les pensées et les discussions négatives. En peu de temps, j'ai retrouvé mon football. Ç'a changé pas mal de choses pour moi en quelques mois.

Jusqu'à intégrer la sélection espagnole...
J'ai découvert l'équipe nationale en 2017 (entrée à la 75e minute à la place d'Iniesta en amical face au Costa Rica, 5-0, le 11 novembre 2017). Représenter son pays, c'est quelque chose que je m'étais imaginé enfant, dès que j'ai commencé le football. Et je reste dans l'optique d'être compétitif pour la sélection, qu'importe la compétition ou le match. Pour cela, il faut faire les choses bien, être dans un grand club et enchaîner les bonnes performances.
Comment expliquer qu'il faut être bien dans sa tête pour bien jouer au football ?
Ça se comprend par rapport à tout ce que je disais sur la réflexion, notre manière de jouer, ou même les mots de Miralem Pjanic. La tête, c'est 80% du footballeur. Si tu as la tête libre, que tu ne penses qu'à ce que tu dois faire, ça t'aide à un point qu'on ne peut imaginer. C'est 70-80% de notre jeu. Et si à cela tu ajoutes la connaissance, la concentration, l'envie de devenir plus fort, c'est tout cet ensemble qui nous donne de la confiance et nous conforte. C'est ce qui m'a manqué dans les moments difficiles de mon parcours.»
 
Entretien paru dans France Football le 7 juillet 2020.
Réagissez à cet article
500 caractères max
Silvaneric 23 févr. à 9:51

La blague ! S'applique aussi à la vie et à tous les sports ! Y a que les consultants et les "spécialistes" qui n'ont toujours pas absorbé cette notion et qui ne comprennent toujours pas pourquoi une même équipe peut se faire dézinguer ou marcher sur l'eau. What else ?

ADS :