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mbappe lottin (kylian) (J.Prevost/L'Equipe)
Grand Format

Récit : La story déjà très animée de Kylian Mbappé avec la Ligue des champions

45 matches, 27 buts, 16 passes décisives, une finale, des partitions folles à Barcelone ou à Munich, mais aussi des cruelles déceptions et des ratés : à 22 ans seulement, Kylian Mbappé a déjà une aventure folle avec la Ligue des champions que FF vous raconte dans cette story.

C'est la saison du véritable commencement. Du moins c'est ce que le garçon espère. Nous sommes en août 2016. Même pas quatre semaines plus tôt, Kylian Mbappé, 17 ans, dispute et gagne la finale de l'Euro U19 au terme d'une compétition aboutie et éblouissante (5 buts sur les 5 matches de la phase finale). Lancé dans le grand bain de la Ligue 1 le 2 décembre 2015 face à Caen (1-1) alors qu'il a encore 16 piges (avec même ses premières minutes européennes huit jours plus tard, en Ligue Europa, à Tottenham ; 1-4, avec une passe décisive), le natif de Bondy marque son premier but en Ligue 1 quelques mois après devant Troyes (3-1). Onze apparitions en 2015-16, et une impatience certaine de voir son temps de jeu grimper. En ce 13 août, Kylian Mbappé est titulaire aux côtés de Guido Carrillo, Thomas Lemar et autres Benjamin Mendy pour l'ouverture de la saison de Ligue 1 au Louis-II face à Guingamp. Il ne reste que 40 minutes sur la pelouse. Après un choc aérien tête contre tête avec Christophe Kerbrat, Mbappé quitte le terrain sur une civière, victime d'une commotion cérébrale. Hospitalisé par précaution, le jeune Français est éloigné des terrains pour plus d'un mois et rate l'entrée en lice de son équipe en Ligue des champions à Tottenham (victoire 2-1). De retour dans le groupe asémiste, Mbappé effectue ses premières minutes dans la compétition reine le 27 septembre 2016 face au Bayer Leverkusen. Alors que Chicharito Hernandez a ouvert le score il y a quatre minutes, Leonardo Jardim tente le tout pour le tout en sortant Tiémoué Bakayoko pour lancer son jeune talent (77e). Au bout du temps additionnel, Kamil Glik arme une superbe reprise pour arracher le nul (1-1).

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Le premier effet Mbappé

Malgré l'absence sur blessure de Radamel Falcao, Mbappé peine à gratter vraiment du temps de jeu, que ce soit en C1 mais aussi en Ligue 1. Il n'entre que huit minutes par exemple lors d'un succès large à Metz début octobre (7-0). A Moscou, ce sont sept minutes qui lui sont accordées. A 0-1 en faveur du CSKA, il remplace une nouvelle fois Bakayoko. Deux cent secondes plus tard, après un centre extérieur du pied de Bernardo Silva, il récupère le cuir et distille un double contact qui trouve Guido Carrillo. La frappe de l'Argentin est repoussée mais Bernardo Silva suit bien et conclut (1-1, 87e). Deux entrées, et des buts à chaque fois. Un effet Mbappé, déjà ? S'il ouvre son compteur buts en Championnat, Mbappé entre à une minute de la fin lors du match retour face au CSKA (3-0). Assez pour adresser deux centres justes à Tiémoué Bakayoko et Guido Carrillo qui ne sont pas concrétisés, la faute à Akinfeïev et au poteau. Monaco, avec un Mbappé qui reste sur le banc, empoche sa qualification dès la 5e journée devant Tottenham (2-1). Et alors qu'il avait la possibilité de vivre sa première titularisation dans un match sans enjeu à Leverkusen, Mbappé est touché à la cheville par un tacle d'un de ses coéquipiers en veille de match. Il est forfait.

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«Je ne suis pas encore un phénomène. Les phénomènes, ce sont Messi, Ronaldo, Neymar, j'en suis encore loin.»
Le mois de février 2017 va tout changer. Toujours avec un temps de jeu limité, même en Ligue 1, en janvier, Kylian Mbappé est titulaire pour la septième fois de la saison lors de la 25e journée face à Metz. Il claque un triplé en 50 minutes (5-0). Il devient alors le deuxième plus jeune joueur auteur d'un hat-trick en première division, derrière Jérémy Menez. «Je ne suis pas encore un phénomène, sourit-il à l'époque. Les phénomènes, ce sont Messi, Ronaldo, Neymar, j'en suis encore loin.» Dix jours plus tard, l'Europe du foot, et bien plus, va découvrir ce phénomène en puissance. Etihad Stadium. Pas apparu une seule fois dans un onze de départ dans la compétition, Mbappé est aligné par Leonardo Jardim avec Radamel Falcao dans son 4-4-2. Il devient le troisième plus jeune joueur français à débuter un match de C1. C'est alors Valère Germain qui fait les frais de ce choix. La suite va être dingue. Face au Manchester City de Pep Guardiola, Yaya Touré et Sergio Agüero, Falcao répond à l'ouverture du score de Raheem Sterling (1-1, 32e), avant que Fabinho n'envoie le supersonique Mbappé, qui grille un Nicolas Otamendi endormi pour arriver sur la droite de la surface et claquer un superbe ballon au fond (1-2, 40e). Premier but en Ligue des champions.

Manchester City, la première pierre

Dans une soirée de football offensif total. Monaco mène encore 3-2 à l'heure de jeu (lob sublime de Falcao sur Willy Cabaleiro alors que Mbappé, tout seul, attendait le ballon). Il se fait renverser dans les grandes largeurs dans le dernier quart d'heure. Avec Jardim qui choisit de sortir un Mbappé à la vitesse pourtant précieuse face à la défense faiblarde de City. 3-5 au bout du compte. «Je l'ai utilisé devant car on connaît bien City : cette équipe laisse beaucoup d'espaces dans le dos de sa défense, explique Jardim après le match au sujet de Mbappé. Kylian va très vite et peut donc se projeter, aller dans le dos de l'adversaire. Il a fait un bon match, un grand match, à dix-huit ans.» En plus de son but, Mbappé aurait pu faire mouche deux autres fois sur cette frappe du gauche au-dessus alors qu'il était bien placé (36e) et cette autre tentative du gauche qui meurt dans le filet extérieur après un crochet qui va devenir sa spécialité (69e).

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Kevin de Bruyne : «Je vous avoue que je ne le connais pas.»
«Je vous avoue que je ne le connais pas. Je ne regarde pas beaucoup le football quand je suis chez moi. J'ai un petit bébé et je dois m'en occuper», avait lâché Kevin de Bruyne la veille. Après ce match, la donne a changé, et la carrière de Mbappé vient vraiment de se lancer. Il devient alors un titulaire à l'ASM. «Il me rappelle un peu le jeune Thierry Henry, reconnaît Arsène Wenger quelques jours plus tard. Avec le même regard malin, les mêmes qualités d'intelligence dans les déplacements et de ''félinité'' dans la finition.» Au retour, alors que Radamel Falcao ne peut tenir sa place, Mbappé est de nouveau titulaire pour tenter de renverser Manchester City. Très vite dans la partie (centre et frappe détournée par Caballero dans les premières minutes), il ouvre le score après un centre de Bernardo Silva (1-0, 8e).

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Moins en vue après la pause alors que les Mancuniens monopolisent le cuir, il voit Tiémoué Bakayoko claquer le but de la qualification à un quart d'heure du terme. Le lendemain, à 18 ans et trois mois, il est convoqué pour la première fois en équipe de France par Didier Deschamps.

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Apparu à deux reprises devant le Luxembourg et l'Espagne pour son bizutage en Bleus, Mbappé vit un début d'année 2017 dingue et repart au combat en Ligue des champions pour un quart de finale face au Borussia Dortmund d'Ousmane Dembélé. Dans un Signal Iduna Park qui va faire grand bruit. Mais cette manche aller prend une tournure dramatique avec l'attaque du bus du Borussia. Le match est reporté au lendemain. Alors que la solidarité est le mot numéro 1 de cette soirée, Mbappé va faire tant mal au BVB entraîné par un certain Thomas Tuchel. Il provoque d'abord habilement un penalty, que Fabinho rate. Avant d'ouvrir la marque très rapidement, avec réussite : sur un centre de Thomas Lemar, il conclut du genou. Puis, à dix minutes de la fin, alors que Monaco tente de résister à un retour de Dortmund, le numéro 29 subtilise le cuir aux quarante mètres, s'avance et allume Roman Bürki avec une sérénité déconcertante.

Un but pour chacun de ses quatre premiers matches à élimination directe : du jamais vu

Premier doublé en C1 pour un Mbappé qui devient le cinquième joueur dans l'histoire de la compétition à marquer sur ses trois premiers matches à élimination directe après Christian Karembeu, Stefan Effenberg, Luis Garcia et Leroy Sané. «On m'a toujours dit qu'à chaque fois que je touchais le ballon il devait se passer quelque chose, sourit le Monégasque après la rencontre. J'essaie d'appliquer ce principe chaque fois que je joue. Ça m'a souri aujourd'hui, j'espère que ça va me sourire tous les jours.» Mbappé évoque également les événements de la veille : «On a subi. Moi, comme je connais Ousmane (Dembélé), je l'ai appelé, j'ai essayé de lui donner des infos, il m'en a communiqué aussi. On a commencé par nous donner des infos sur l'explosion, nous dire que Bartra était touché, mais, ensuite, on n'a plus eu de nouvelles de lui, si bien qu'on s'inquiétait. On craignait le pire, on ne savait pas où il était touché, ni ce qu'il avait. Franchement encore une fois, je ne souhaite ça à personne. Mais on est des pros, on doit s'habituer à tout, même aux conditions les plus extrêmes. Aujourd'hui, c'était extrême. Mais on a essayé de se mettre au niveau d'un quart de finale de la Ligue des champions.»

On ne se pose plus la question de s'il va débuter un match, mais s'il va marquer ou non. Au retour, il ne patiente que trois minutes pour mettre les siens sur la route du dernier carré. Une percée de Benjamin Mendy, une frappe lourde repoussée par Bürki, avant que Mbappé, mode renard, ne termine. Personne n'avait marqué sur ses quatre premiers matches de phase de finale de C1. Avant-dernier passeur pour le 2-0, Mbappé emmène son équipe en demi-finales.

Toujours plus précoce

Au menu, la Juventus de Paulo Dybala, Gianluigi Buffon et Giorgio Chiellini qui vient de se payer le Barça de la MSN. La marche est trop haute. La série de buts s'arrête. Au Louis-II, Mbappé a pourtant l'occasion de tromper le monument italien mais se heurte à Buffon après un centre de Nabil Dirar. Néanmoins, il a tenté, provoqué tout au long de la partie. Même si la Juve lui laisse très peu d'espaces, notamment dans la profondeur. Il est même le joueur le mieux noté par FF pour ce match avec Dirar (voir l'ensemble des notes). C'est ce qui s'appelle se frotter au très haut niveau, pour un apprentissage grandeur nature. Avec un petit 3% de chances de se qualifier au retour, Monaco n'a pas le temps d'espérer, même si Mbappé, encore, réduit la marque à vingt minutes de la fin et fait un tout petit peu espérer l'ASM. Un but en demi-finale à 18 ans et 140 jours : personne n'avait marqué aussi jeune en C1. Fin d'une première campagne européenne dingue pour le Français. C'est clair : la Ligue des champions et Mbappé, c'est parti pour durer.
Retour de la petite musique avec Mbappé sur le terrain quatre mois plus tard. Mais il a changé de maillot. Un transfert à 180 millions d'euros plus tard, le voilà au Paris Saint-Germain, aux côtés de Neymar, arrivé le même été contre 222M€. Pour un PSG traumatisé par le Barça lors de la précédente édition et qui espère toujours rêver plus grand. Avec Edinson Cavani, la MCN doit emmener Paris très loin. «Donatello», comme est surnommé Mbappé au PSG, a marqué son premier but avec ses nouvelles couleurs à Metz (5-1) et est évidemment aligné à Glasgow, pour la première journée face au Celtic. Titulaire sur la droite de l'attaque, il attend 34 minutes pour débloquer son compteur en C1 avec l'équipe d'Unai Emery. Si Neymar avait ouvert le score, Mbappé profite d'un ballon du Brésilien et d'une reprise manquée par Edinson Cavani pour faire le break. Au coeur d'un match plein pour Paris (5-0) et un Mbappé déjà très en forme sur le pré, au-delà de son but. Dans cette partie, juste avant la mi-temps, un supporter écossais pénètre sur la pelouse et interrompt le match. Sauf qu'il fonce vers Mbappé et tente semble-t-il d'asséner un coup de pied au Français, qui s'écarte à temps.

Quinze jours plus tard, alors auteur de 7 buts sur ses 7 derniers matches de Ligue des champions, Kylian Mbappé ne va pas marquer lors de la démonstration parisienne face au Bayern de Franck Ribéry, Arjen Robben et Robert Lewandowski. Passeur décisif, il va tout de même rayonner.

Lire : Les notes de PSG-Bayern

Real, premier accroc parisien

Sa percée supersonique juste avant la demi-heure (28e), son appel à toute vitesse, sa conservation et sa passe décisive pour Edinson Cavani sur le 2-0 (31e), les reins allemands une nouvelle fois en difficulté sur ce débordement (37e), cette passe altruiste et inspirée pour Neymar qui frappe à côté (50e), puis la feinte dingue devant David Alaba pour permettre ensuite à Neymar de marquer (63e). 3-0, festival et message envoyé à toute l'Europe. «C'est juste le début de l'histoire, tempère Mbappé à la fin du match. On avait à cœur de faire un grand match contre une grande équipe.» Ça continue de dérouler face à Anderlecht, que ce soit en Belgique (4-0, un but et une passe décisive) ou en France (5-0, une passe décisive) pour un Mbappé qui fait pourtant face aux premières critiques sur son rendement suite à plusieurs sorties délicates en L1. Un autre but lors de la déculottée infligée au Celtic (7-1), mais aussi à Munich au cours de la dernière journée de la phase de poules. Alors qu'il vient de perdre à Strasbourg, Paris s'incline encore et passe tout près de lâcher la première place du groupe aux Bavarois. Mais à 2-0, Mbappé place une tête décisive après une offrande subtile de Cavani. Précieux offensivement, le Bondynois fait remarquer ce soir-là que le travail défensif n'est pas son dada. Notamment dans une première période où Dani Alves prend, du coup, vague sur vague. Premiers, les Parisiens héritent du Real Madrid de Cristiano Ronaldo en huitièmes de finale. Un club que Mbappé avait visité étant plus jeune, avec une photo souvenir avec CR7, et qu'il avait choisi de ne pas rejoindre quelques mois plus tôt, pour rallier plutôt Paris. A Bernabeu, Mbappé est à l'origine de l'ouverture du score d'Adrien Rabiot, avant de rater la suite de sa partie : ce tir repoussé par Keylor Navas (52e), une nouvelle opportunité manquée (73e). Et alors que les siens s'écroulent en fin de partie (1-3), il a une dernière occasion sur la gauche mais arme sur Navas (89e). Une panne d'efficacité au mauvais moment.

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Au retour, la mission n'est pas impossible. «Ensemble, on va le faire» comme le dit partout le PSG sur ses réseaux sociaux. Pas de Neymar, blessé, et pas d'exploit. Avec cette action de la 43e minute où Mbappé préfère frapper alors que Cavani est idéalement placé.

Dans un soir où, surveillé par Dani Carvajal et Marcelo, il déçoit, avec plusieurs mauvais choix, et ne peut empêcher la défaite (1-2) et donc l'élimination après une phase de poules pourtant si prometteuse.

Retour en piste en septembre 2018. Toujours avec Neymar et Edinson Cavani à ses côtés, et avec Thomas Tuchel qui a pris la suite d'Unai Emery sur le banc, Kylian Mbappé a encore monté d'un cran question dimension mondiale en devenant champion du monde avec l'équipe de France en Russie. Au menu en ouverture : Liverpool, finaliste en titre (battu par le Real Madrid de Karim Benzema). Dans le temps additionnel, Mbappé perd le ballon et voit, dans la foulée, Roberto Firmino faire exploser Anfield en marquant le but du 3-2. Au bout d'un match globalement délicat pour Mbappé. Très peu en situation, son repli défensif trop laxiste est pointé du doigt comme sur ce centre d'Andrew Robertson juste avant l'ouverture du score. Clinique pour égaliser à 2-2 de près après un rush de Neymar (83e), Mbappé, repositionné dans l'axe pour les dix dernières minutes, est frustré par Julian Draxler sur une action où Paris aurait pu braquer la banque (89e). Avant, donc, cette perte de balle fatale. «C'est une grande occasion pour lui de s'améliorer, note Tuchel. Avec lui, c'est comme avec Ney. Il est toujours dangereux. Le match était très difficile pour lui mais quand il reste sur le terrain, il est toujours dangereux. Mais le dernier ballon est une action qui peut lui permettre de s'améliorer pour le plus haut niveau.»

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Paris se venge sur l'Etoile Rouge de Belgrade (6-1), avec un Neymar majestueux (triplé ; noté 9 par FF) et un Mbappé bien moins à la fête. S'il est buteur et passeur décisif, le Français se montre très maladroit sur pas moins de cinq actions. De quoi ternir sa prestation. Et cela ne s'arrange pas ensuite quand Naples rend visite au Parc : il perd un face-à-face important avec David Ospina en première période et ne parvient pas à se mettre franchement en évidence. Heureusement, Angel Di Maria sauve le nul à la dernière minute (2-2).

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-Les notes de PSG-Naples

Avec, pour Tuchel et le PSG, au coeur du débat, la question du bien fondé de pouvoir jouer de manière équilibrée avec Cavani et Neymar et Di Maria et Mbappé. Au retour, à Naples, Cavani prend place sur le banc tandis que Mbappé est aligné en pointe. S'il est passeur décisif, en se jouant bien d'Albiol pour trouver Juan Bernat, le champion d'Europe U19 tombe une nouvelle fois sur un Kalidou Koulibaly très costaud. Avant de manquer la balle de match à cinq minutes du terme (1-1). Une campagne de C1 décidément pas simple pour Mbappé, dont la relation avec Neymar est loin d'être fluide sur le terrain. A Naples, le début de match entre les deux est très bon, avant que la flamme ne s'éteigne très vite. Pour la réception de Liverpool, Paris et Mbappé doivent absolument faire un résultat pour ne pas être face à une menace d'élimination qui serait catastrophique. Touché à l'épaule avec l'équipe de France la semaine précédente, Mbappé est bien là et effectue une partie contrastée. Car il est à la construction des deux buts parisiens, mais pour le reste, l'inspiration n'était pas franchement là.

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«Il faut arrêter de vendre la peur»

Heureusement, Paris l'emporte et s'ouvre la voie des huitièmes. Avec une première place décrochée à Belgrade : succès 4-1 et un match abouti pour Mbappé (un but et deux passes décisives) qui s'est régalé des espaces laissés par les Serbes. Direction Old Trafford et Manchester United en huitièmes de finale. Avec l'objectif d'avancer enfin plus loin dans la compétition reine. En Angleterre, Mbappé est hautement attendu alors que Cavani et Neymar sont forfaits. Il va répondre présent. Du moins surtout en seconde période, en obtenant le corner du premier but de Presnel Kimpembe, puis en punissant United à l'heure de jeu sur un centre aux petits oignons d'Angel Di Maria (0-2, 60e). Et encore, David De Gea s'interpose devant le champion du monde pour éviter un plus lourd naufrage (63e). Après la rencontre, Mbappé se distingue par ses déclarations : «Il faut arrêter de vendre la peur, explique-t-il au sujet des différents questionnements sur les absences de joueurs majeurs. Le foot, ça se joue sur un terrain. Neymar et Cavani sont ultra-importants mais les gens doivent nous soutenir. Il faut que le foot français aille le plus loin possible en Coupe d'Europe. Les gens doivent nous soutenir, nous, on va soutenir Lyon la semaine prochaine. Il faut arrêter d'avoir peur.» Tout en expliquant que ce résultat «n'est pas parfait, mais c'est bien. Parfait, ce sera après la qualification». Il ne croit pas si bien dire.

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Au retour, le cataclysme. Toujours sans Neymar et avec un Cavani qui entre en fin de partie, Mbappé est passeur décisif pour l'égalisation de Juan Bernat, mais, à la 83e minute, à 1-2, il se présente devant De Gea et se prend les pieds dans le tapis. Le tournant du match. Avant la main de Presnel Kimpembe et le penalty de Marcus Rashford qui font basculer ce huitième de finale dans l'irréel. Face à un Manchester diminué comme jamais, Paris et Mbappé, qui termine dans la surface allongé les mains sur le visage, sortent une nouvelle fois très tôt. Trop tôt.
«Je voulais montrer que c'est difficile de se passer de moi.»
Six mois plus tard, au cours duquel il s'est distingué avec sa fameuse sortie aux Trophées UNFP en mode coup de pression («C'est le moment d'avoir plus de responsabilités. Ce sera peut-être au PSG, avec grand plaisir, ou peut-être ailleurs pour un nouveau projet»), Mbappé est toujours Parisien. Avec Neymar et Cavani, on prend les mêmes et on recommence. Forfait après une blessure à la cuisse pour la démonstration parisienne face au Real (3-0), Mbappé, pas encore remis à 100%, revient en C1 à Galatasaray où il dispute une demi-heure sans briller franchement (1-0). Avant un incroyable festival à Bruges pour la troisième journée. Une nouvelle fois sur le banc, il entre à la 52e minute à la place d'Eric-Maxim Choupo-Moting. Le score est alors de 1-0 pour un PSG loin d'être sûr de son fait. 31 minutes plus tard, Paris détruit les Belges : 5-0, un triplé et une passe décisive à Mauro Icardi pour Kylian Mbappé ! Vertigineux. Il est déjà le huitième buteur français de l'histoire dans la compétition, à égalité avec Michel Platini. «C'est l'un des plus grands talents au monde, estime Philippe Clément, le coach de Bruges après la partie. On le connaissait. On l'a vu de près. Il possède toutes les qualités pour tuer l'adversaire.» Mais dès le coup de sifflet final, Mbappé fait encore parler de lui au micro : «C'est vrai que je voulais débuter (le match), lâche-t-il à RMC Sports au sujet sa non titularisation alors qu'il n'était pas encore totalement à 100% après sa blessure. Je pensais que j'allais débuter. Le coach a choisi, il faut accepter. Je voulais montrer que c'est difficile de se passer de moi (...) Le foot est une passion, ça fait deux mois que je n'ai pas pu jouer, c'était très douloureux (...) Ce n'est pas la victoire de Kylian. C'est celle du PSG.»

Dortmund, la peur puis la libération

Bruges ajuste quelque peu son marquage et sa tactique autour de Mbappé au retour. Et ça marche. Le Français manque de tout ce jour-là, jusqu'à la jouer parfois en solo et à s'agacer. Qu'importe, avec sa victoire (1-0), Paris est qualifié. A Bernabeu, souvent dangereux malgré quelques oublis comme sur ce ballon qu'il aurait pu offrir à Neymar dans le temps additionnel, Mbappé claque une nouvelle fois sur un centre de Thomas Meunier au coeur d'une fin de match où Paris revient à 2-2 en deux minutes. Avant un dernier festival face à Galatasaray, trois jours après sa sortie en mode bouderie face à Montpellier en Championnat. Devant les Stambouliotes, Mbappé marque une fois, distille deux passes décisives et provoque un penalty.


Mais c'est bien en phase finale qu'on attend désormais le Paris Saint-Germain et Kylian Mbappé. En huitième de finale aller, à Dortmund, Erling Haaland et le BVB prennent l'avantage (2-1). Avec un Mbappé encore trop moyen dans ce genre de rendez-vous. Aligné à la pointe de l'attaque dans le 3-4-3 de Thomas Tuchel, le Parisien est inexistant (mais aussi très peu servi) en première période. Avant de parvenir à se montrer et même de trouver Neymar pour la réduction du score. Mais c'en est trop peu. Pression maximale en vue du retour. «Si nous nous qualifions, le monde va s'effondrer sur Paris», ironise même Hans-Joachim Watzke, le directeur général du Borussia. Une nouvelle élimination à ce stade de la compétition pourrait remettre en cause énormément de choses. Au retour, le Covid-19 envahit l'Europe, la rencontre se déroule à huis clos et la participation de Mbappé, victime d'une angine et qui a même passé un test (négatif), est très incertaine. Il n'est en effet pas titulaire et entre après l'heure de jeu alors que ses coéquipiers ont fait le boulot (2-0). Néanmoins, son entrée apporte encore plus de dynamisme, notamment avec Neymar. Derrière, les scènes de liesses avec les supporters amassés à l'extérieur du Parc des Princes sont restés dans les esprits.

«Le soir de la blessure, je pensais que c'était mort. J'ai pleuré toute la nuit.»
Avec le confinement et l'arrêt de la planète football, l'histoire de Mbappé avec la C1 reprend en août où un Final 8 à Lisbonne attend les Parisiens. Sauf que pour l'international français, ce Final 8 a d'abord été un point d'interrogation après le tacle rude de Loïc Perrin en finale de la Coupe de France. Touché à la cheville droite le 24 juillet, il retrouve l'entraînement seulement trois jours avant le quart de finale face à l'Atalanta et ne peut tenir sa place au coup d'envoi. Il est lancé à l'heure de jeu alors que la Dea malmène le PSG (0-1). L'entrée change tout comme le dira Gian Piero Gasperini, l'entraîneur des Italiens. Notamment face à des Bergamasques de plus en plus émoussés. La vitesse de l'attaquant va faire mal. Même si on a d'abord cru que certains démons revenaient pour Mbappé : il oublie d'abord ses coéquipiers au centre alors qu'il avait fait la différence à gauche (74e), tandis qu'il rate un face-à-face ensuite (80e). Néanmoins, après l'égalisation de Marquinhos (90e), il ajuste la bonne passe pour permettre à Choupo-Moting de devenir le héros (2-1, 90e+3). C'est l'euphorie. Paris débarque en demi-finales de la Ligue des champions pour la première fois sous l'ère QSI. «Ils ne partiront jamais», s'enflamme même Nasser al-Khelaïfi au sujet de Neymar et Mbappé.



De retour dans le onze pour la demi-finale, il vit une soirée constrastée. Si ses partenaires, à commencer par un exceptionnel Angel Di Maria, étouffent le RB Leipzig (3-0), Mbappé est moins à la fête avec plusieurs duels manqués face à Peter Gulacsi, le gardien du RBL. Néanmoins, son activité, ses accélérations et sa vitesse ont eu un impact sur la rencontre. «Le soir de la blessure, je pensais que c'était mort, raconte-il alors. J'ai pleuré toute la nuit. Je me suis dit le lendemain que j'allais tout faire, me soigner. Je me suis lancé dans un délire tout seul. Plus ça allait, plus je voulais faire partie de l'aventure. Je n'ai jamais voulu montrer que j'étais mal... (...) Tout ce que je veux c'est gagner. Je vais laisser mon corps sur le terrain (...) (Avec Neymar) On s'amuse. On prend du plaisir. On se soucie moins de nos carrières individuelles. On a su créer un contexte où on se soucie davantage des autres. Si on veut gagner, c'est ensemble. Pas seulement à deux.»

«Je veux marquer l'histoire de mon pays»

Direction la finale face au Bayern. La veille, lors de la conférence de presse de Hans-Dieter Flick, les écrans géants de l'Estadio da Luz, théâtre du choc, affichent la tête de Mbappé avec l'inscription «Man of the match». Un signe ? Muet sur ses quatre derniers matches de C1, ce qui ne lui est jamais arrivé dans sa carrière dans la compétition, Mbappé cherche aussi son premier but dans ce Final 8 inédit. «Je veux marquer l'histoire de mon pays, clame-t-il en conférence de presse. Depuis que je suis arrivé en 2017, on a connu plusieurs désillusions. On est désormais en finale, cela prouve qu'on n'a pas lâché. Ce serait une super réponse de gagner avec un club français. C'était ma mission en venant ici. Ce serait un grand accomplissement.» Mbappé raconte aussi son avant-finale : «Je ne suis pas le meilleur exemple car je ne fais rien de spécial. Je rigole, je regarde des films, j'appelle des amis. Ce sera un jour comme un autre jusqu'à 19h30 où il faudra entrer dans le match. Là, ce sera une préparation spéciale.»

Le lendemain, le rêve s'envole au bout d'une finale où Mbappé n'est pas au rendez-vous. Avec un Manuel Neuer entré dans les têtes parisiennes. L'Allemand s'interpose par exemple bien devant Neymar idéalement lancé par Mbappé (18e) avant de capter tranquillement une frappe terriblement mal exploitée par le Français. David Alaba lui offre le ballon à l'entrée de la surface, Mbappé ne frappe pas et préfère servir Ander Herrera qui lui remet superbement. Mais sans réussite au bout (45e). La chance est passée. Kingsley Coman crucifie son ancien club.



Les larmes séchées, les quelques jours de vacances passés que le Paris Saint-Germain repart à l'assaut de la coupe aux grandes oreilles le 20 octobre. Un début de compétition qui lui offre des retrouvailles avec Manchester United, un an et demi après le cauchemar du Parc. Nul doute que Mbappé a encore en tête ce face-à-face manqué dans les dix dernières minutes. Sauf que le finaliste en titre se rate et s'incline (1-2). Titularisé en pointe, Mbappé n'est que trop peu présent (une seule frappe repoussée par David De Gea). Le trio avec Neymar et Di Maria déçoit énormément.

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«Plein de choses ont été dites, mais en réalité, il n'y a rien de mieux que les actions. On est fatigués, on ne veut plus jamais subir ça. On est tous des êtres humains, et cela, c'était intolérable.»
«Je dois évoluer, et j'en prends conscience chaque jour, confie Mbappé au site Internet du PSG. Je ne suis pas parfait mais je continue de progresser. Je pense aussi qu'il faut jouer avec les autres. Tu ne gagnes pas tout seul. Je suis un attaquant et un attaquant, au fond, on lui apprend à être égoïste, à être dans sa bulle. C'est un poste très spécial (...) Je sais que, pour gagner un match, il faut travailler tous ensemble, et savoir faire briller les autres aussi, c'est aussi important que de briller soi-même. Ça, c'est vraiment quelque chose que je suis en train d'apprendre. Tout est une question de bon choix et je suis dans cette phase.» A Basaksehir, Mbappé est impliqué sur les deux buts de Moïse Kean pour la première victoire dans cette édition 2020-21 (2-0). Forfait pour le déplacement à Leipzig (1-2), Mbappé revient pour le retour face aux Allemands avec un PSG dos au mur. Il l'emporte au bout du compte sur un simple penalty de Neymar (1-0). Au-delà de ce petit moment avec Julian Nagelsmann à qui il demande s'il veut jouer, Mbappé passe encore une fois trop à côté de sa partie. On en est à huit matches de suite sans but en C1 ! Puis neuf au terme du déplacement à Manchester. Après de sacrées frayeurs en début de seconde période, le PSG finit par faire la différence face aux Red Devils. Mbappé n'est encore une fois pas dingue, mais il est impliqué sur les premier et troisième buts.

Lors de la réception de Basaksehir, Paris n'a qu'à assurer le coup pour filer en huitièmes de finale en tête de son groupe. Au quart d'heure de jeu, la tension monte d'un cran après un tacle de Presnel Kimpembe. S'en suit les mots du quatrième arbitre roumain envers Achille Webo. «Why you said negro ?», répète l'adjoint du club d'Istanbul.


Mbappé et les joueurs s'invitent sur le bord du terrain pour comprendre. «S'il a dit ça, il doit sortir maintenant», prévient Mbappé auprès de l'arbitre principal. La rencontre est arrêtée. Un moment fort. Le match reprend le lendemain dans un contexte évidemment spécial. Mais Mbappé participe à la fête avec deux buts (enfin !) et une passe décisive (5-1). Il offre son maillot à Achille Webo et revient sur les événements de la veille : «Bien sûr, je suis fier de ce qui a été fait. Plein de choses ont été dites, mais en réalité, il n'y a rien de mieux que les actions. On est fatigués, on ne veut plus jamais subir ça. On est tous des êtres humains, et cela, c'était intolérable. Les gens en ont marre, il fallait faire quelque chose. A force de laisser passer ce genre de choses, on fait croire que c'est normal. Mais non.»

La masterclass du Camp Nou

Le PSG passe en tête, mais hérite tout de même du Barça de Lionel Messi en huitièmes de finale. Avec un retour dans un stade qui a hanté les supporters parisiens et certains joueurs présents en 2017. Ces fantômes vont disparaître grâce à la plus grande performance de Mbappé avec le maillot parisien en Ligue des champions, alors que Neymar et Angel Di Maria ne sont pas là. Mené par un penalty de Messi, Paris égalise à la demi-heure grâce à un premier but de Mbappé, parfaitement "caviardisé" par Marco Verratti. Intraitable et précis dans ses accélérations et ses choix, Mbappé a plein de sang froid pour finir alors que Marc-André ter Stegen est dépassé sur le 2-1. Un nouveau pion de Moïse Kean puis un dernier but superbe en contre et Mbappé, absolument clinique, devient le deuxième joueur de l'histoire à claquer un triplé en C1 au Camp Nou.

Lire : Les notes détaillées des Parisiens à Barcelone

«J'ai toujours voulu donner le meilleur de moi-même avec le PSG, souligne-t-il au terme de sa prestation majuscule sur RMC Sports. C'est un maillot qui me tient à coeur. Je n'ai pas toujours eu de la réussite, je vais peut-être encore rater des matches, mais jamais je ne vais me cacher, même si on fait des erreurs dans la vie. Aujourd'hui, mon travail acharné paye (...) J'ai toujours dit que je suis heureux ici, après ce genre de matches, je le suis encore plus.» Bien moins libre au retour (1-1), Mbappé transforme tout de même un penalty important au coeur d'un match où Paris a pu compter sur un grand Keylor Navas.

Jusqu'à cette nouvelle prestation de choix lors du match aller face au Bayern Munich (3-2) en quart de finale. Une série de buts (six en trois matches) en phase à élimination directe qui n'est pas sans rappeler les premières heures de Mbappé dans la compétition à Monaco. Derrière, loin d'être inintéressant au retour face au Bayern malgré la défaite (0-1), Mbappé a en revanche connu de belles difficultés devant Manchester City (1-2) pour la troisième demi-finale de sa carrière en C1. Aligné en numéro 9, le natif de Bondy n'a quasiment pas eu un seul bon ballon à exploiter pour porter le danger sur les buts d'Ederson. Diminué par une blessure pour le retour à l'Etihad Stadium, Mbappé va avoir besoin de retrouver ses fulgurances récentes de Barcelone et de Munich. En est-il capable ?
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